29 – 31 AOÛT 2022, dans le cadre de La Bâtie Festival


Grisélidis Réal © Francis Traunig

D’après Reine du réel de Nancy Huston et des écrits de Grisélidis Réal

Un film-spectacle de Françoise Courvoisier et Denis Jutzeler
Avec Nancy Huston (à l’écran) et Françoise Courvoisier (en scène)
Image, Denis Jutzeler. Son Henri Maïkoff. Montage, Sandrane Ducimetière
Montage son, Clara Alloing. Mixage son, Adrien Kessler
Étalonnage, Damien Molineaux. Lumière Rinaldo Del Boca

Reine du réel – Lettre à Grisélidis Réal est paru aux Éditions NiL en janvier 2022

Horaires spéciaux
Lundi 19h • Mardi, mercredi, 21h

SYNOPSIS

Deux portraits : celui de Grisélidis Réal, telle que la raconte Nancy Huston, et celui de Nancy Huston, à travers le portrait qu’elle fait de Grisélidis Réal, dans sa lettre Reine du réel mais aussi dans ses commentaires et confidences, par le biais de la caméra du réalisateur Denis Jutzeler.

Avec son dernier essai « Reine du réel – Lettre à Grisélidis Réal », la célèbre romancière d’origine canadienne rend hommage à celle qu’elle avait tout d’abord rejetée, représentant à ses yeux la « putain au grand cœur », entièrement soumise aux désirs des hommes, de ses clients comme de ses amants, ce que la féministe en elle ne pouvait accepter. Au fil des ans et des lectures, elle découvre en Grisélidis non seulement une grande artiste, mais une femme exceptionnelle, forte et courageuse.

Dans le fond des fonds je suis comme toi, une provocatrice, car provoquer c’est aussi bousculer, c’est essayer de réveiller le monde que, par moments, nous trouvons coupablement apathique et veule.  Nancy Huston, extrait de la Lettre à Grisélidis Réal

Coproduction La Bâtie Festival / Les Amis – Le Chariot

 

CHEMINER ENCORE AVEC GRISÉLIDIS,
LA POÉTESSE

Françoise Courvoisier, Juillet 2022

Je ne pensais pas cheminer une nouvelle fois avec Grisélidis, dont j’avais déjà abordé les textes à plusieurs reprises (Grisélidis, 1993 ; Les Sphinx du macadam, 2003 et Les Combats d’une reine, 2010). Mais cet hommage à la poétesse, rendu par la femme d’exception qu’est Nancy Huston, que ce soit par la force de son engagement envers la cause féminine, la finesse de sa perception de l’humain en général ou encore la qualité littéraire de ses écrits, m’a incitée à revenir vers cette sœur de cœur qu’a été et que reste pour moi lacélèbre artiste et prostituée genevoise.

En effet, j’ai eu le privilège de côtoyer Grisélidis de son vivant. Je l’ai rencontrée lorsque je débutais dans la mise en scène, au début des années nonante, j’avais trente ans, à l’occasion d’un premier spectacle que je réalisais autour de ses textes (Grisélidis, Théâtre du Grütli). Puis nous avons tout naturellement poursuivi une relation amicale, faite d’échanges épistolaires, de repas (je me souviens d’un mémorable lapin à la tzigane, une fabuleuse recette dont elle avait le secret) ainsi que lors des nombreuses fêtes où l’on chantait et dansait tard dans la nuit, à toutes les occasions possibles : anniversaires, nouvel an ou spectacles !… jusqu’à son décès en 2005, lorsque sous la couette d’un lit d’hôpital elle demeurait encore
« royale », à sa façon, et écrivait ses derniers poèmes.


Enterrez-moi nue
Comme je suis venue
Au monde
Hors du ventre de ma mère inconnue…

 

 

En 2003, découvrant ses poèmes de fin de vie, je les ai rassemblés et publiés sous le titre À feu et à sang, comme elle le souhaitait. Vingt ans plus tard, Nancy Huston publie l’intégralité des poèmes de la célèbre peintre, écrivaine et prostituée genevoise, enterrée au cimetière des rois entre Calvin et Borgès. Ce n’est pas rien, tout de même !

Je trouve ce geste extraordinaire à maints égards. Reconnaissance d’une artiste pour une autre, dont la carrière littéraire a été, quoiqu’on en dise, fortement stigmatisée par son métier de prostituée et son combat acharné, politique et social.
Aveu de sororité aussi, au-delà des différences de milieu, d’aspirations et de vécu.

Grâce à cette nouvelle édition, préfacée par Nancy Huston, Grisélidis Réal revient une nouvelle fois sur le devant de la scène pour nous rappeler que l’habit ne fait pas le moine et que la beauté se niche là où on ne l’attend pas.

En cette période propice au rétrécissement de l’esprit d’ouverture, je remercie Claude Ratzé d’accorder une place dans son festival à une figure qui demeure, encore aujourd’hui, « dérangeante ».

Dans ses derniers poèmes, comme le souligne Nancy Huston, Grisélidis accomplit un geste artistique très exceptionnel et formidablement original, regardant la mort en face. Elle l’empoigne, la combat et la caresse tout en même temps, la savoure presque, dans cette dualité qui caractérise toute son œuvre, pour en faire jaillir encore de l’art.

Et à l’instar de Nancy Huston, j’ai envie de rendre hommage à la formidable poétesse qu’était Grisélidis. Poétesse petite fille, à treize ans ; poétesse en prison, à Münich ; poétesse plus tard entre deux clients ; poétesse à la fin de sa vie, entre deux chimiothérapies, et jusque dans son lit de mort.

 

EXTRAITS DE PRESSE 

Trois “Reines” aux Amis
Disons-le tout de go, la majesté de nos «Reines du réel» tient tout entière à ce dispositif mixte sur lequel elles trônent. Quand Françoise interroge Nancy et que celle-ci lui répond du tac au tac, l’effet est saisissant. En direct, un big-bang sensoriel crée sous les yeux du public les troisième et quatrième dimensions d’un coup. L’artifice ne repose somme toute que sur un minutage précis, mais pour marier ces trois épicuriennes que séparent l’espace et le temps, il fonctionne à merveille. On ne s’en lasse pas.
Katia Berger, Tribune de Genève, 1er septembre 2022

 

À la Bâtie, trois femmes pour conter le ras-le-bol du mépris
Les voix entrelacées nous emportent dans les vies tragiques de ces autrices engagées pour la cause des femmes. Mais tragique ne veut pas dire triste – plutôt «inévitable, déchirant, contradictoire, féministe», précise Nancy Huston. De fait, si les deux écrivaines ont vécu d’importants traumatismes, chacune a pu trouver, dans l’art et l’activisme, des ressources pour s’en nourrir. (…)
Les ressemblances entre ces femmes sont frappantes. Y compris sur le plan physique: noiraudes, le regard magnétique, les pommettes hautes. Nancy Huston, qui parle à l’écran, Grisélidis Réal, projetée en photo, et même Françoise Courvoisier, à l’avant-scène, en arrivent presque à se confondre dans un jeu d’identifications et de «projections».
Josefa Terribilini, Le Courrier, 1er septembre 2022

 

Nancy Huston et Grisélidis Réal, non alignées
Il faut reconnaître une qualité de taille à la comédienne et directrice des Amis: sa fidélité flamboyante aux êtres qui, comme elle, portent haut les couleurs de l’amour et de la liberté.
Dans Reines du réel, à voir encore ce 1er septembre dans la petite salle carougeoise, la Genevoise orchestre un dialogue poignant entre Nancy Huston et Grisélidis Réal, deux femmes à la fois puissantes et blessées. (…) Emmenée par Françoise Courvoisier qui questionne l’écrivaine en différé, la soirée est plus qu’émouvante, elle est fondatrice. (…) Que Nancy Huston est belle ! A 68 ans, elle s’exprime avec grâce devant la caméra de Denis Jutzeler.
Marie-Pierre Genecand, Le Temps, 2 septembre 2022

 

Reines du Réel : Faire naître le dialogue et l’émotion
Qu’on soit une femme, un homme, féministe ou non, plus ou moins sensible aux thématiques abordées, Reines du Réel a, j’en suis convaincu, fait surgir quelque chose en chacun·e de nous. Une émotion, une réflexion… On a toutes et tous pensé à une mère, une sœur, une amie, une amante, une personne proche ou non, une figure qui nous inspire. On aurait pu passer des heures à écouter Nancy Huston parler de sa vision du monde et de Grisélidis, à entendre les poèmes et autres écrits de cette dernière, les descriptions de ses peintures… Et tout cela reste en nous, le discours nous parvient, par petites bribes ou comme une claque en plein visage. Quoiqu’il en soit, on ressort avec l’envie de réfléchir différemment, de faire un pas de côté et d’envisager les choses d’une autre manière, qu’il s’agisse de grandes thématiques comme de petits détails de la vie. Et pour cela, on ne pouvait rêver meilleur biais que le théâtre des émotions.
Fabien Imhof, La Pépinière, 3 septembre 2022