SCÈNES MAGAZINE

 

À propos du Corps infini

 

Le Corps infini de René Zahnd dans une mise en scène de Françoise Courvoisier

Journaliste culturel puis directeur adjoint de René Gonzalez à Vidy-Lausanne et dramaturge, René Zahnd a écrit une quinzaine de pièces qui ont été publiées et jouées. Il est également l’auteur de biographies sur Mathias Langhoff, François Rochaix et, dernière en date, Benno Besson. Enfin, à la demande du directeur de l’opéra de Lausanne Éric Vigié, il a écrit le livret de Le Major Davel dont la musique est signée Christian Favre et qui se jouera au printemps 2020.
Entretien avec l’auteur sur ses différentes activités.

Le Corps infini est un beau titre ; comment s’est effectué ce choix ?
Le titre d’une pièce est toujours un problème important mais pas toujours le fruit d’une stratégie ni d’une analyse. Il y entre une grande part d’intuition et de spontanéité, il importe surtout que cela fasse sens.
Celui-ci résume l’expérience vécue dans un pays en guerre, dont la découverte de l’amour sans limite, comme en attestent les monologues poétiques adressés à Slimane. Il résume aussi la thématique de la relation de couple versus la relation dans le monde. Enfin, c’est le corps souffrant, immobilisé dans un lit d’hôpital qui contraste avec le corps de l’amour, de l’orgasme.

D’où vous est venue l’inspiration de ce texte ?
Je suis un grand lecteur de journaux, c’est donc parti d’un fait divers, une journaliste française blessée qui a été exfiltrée de Syrie et qui en tant qu’Occidentale, a bénéficié d’un soutien logistique, médical, politique. Mais ce retour au confort est problématique car le saut est irrationnel de la guerre horrible au show médiatique du rapatriement. Il y a d’un côté le retour à la vie ordinaire, de l’autre sa volonté de montrer ce qui se passe là-bas. Cet affrontement est amplifié par la présence aimante et inquiète du compagnon de la journaliste et par celle d’un couple d’amis qui fait entrer dans la chambre d’hôpital les problèmes de leur quotidien immédiat qu’ils ne parviennent pas à mettre de côté. Le monde irait-il mieux si nous allions mieux ? S’interrogent-ils.
J’ajoute que la situation de conflit déclenche les choses mais qu’elle n’est pas le thème central. Elle oblige à une mise à nu des autres par réaction car face à l’horreur on ne peut tricher. C’est un thème qui n’est pas nouveau et que le cinéma américain a traité avec le retour des soldats du Vietnam, ou la littérature européenne pour évoquer les survivants de la première guerre mondiale.
Et Brecht ne croyait-il pas en la transformation du monde par le théâtre ?

La mise en scène est signée Françoise Courvoisier : y participez-vous ?
Non, pas du tout, je n’ai jamais fait de mise en scène car je préfère rester à ma place d’auteur, mais j’apprends beaucoup des acteurs et metteurs en scène. Ma collaboration avec Françoise remonte aux années où elle dirigeait Le Poche et je lui avais alors fait lire mon texte. Il est essentiel de donner de la visibilité aux textes en les portant à la scène.

LAURENCE TIÈCHE-CHAVIER
11.2019

 

RTS

 

Entre nous soit dit

À propos de Mémoire de fille


Interview de José Lillo
MÉLANIE CROUBALIAN
03.04.2019

 

 

LE COURRIER

 

À propos de Mémoire de fille

 

Nuit d’été refoulée

José Lillo signe la mise en scène fine, belle et simple de Mémoire de fille, comme un miroir subtil de l’écriture d’Annie Ernaux. Caroline Gasser fait revivre cette première expérience de la sexualité, au fil d’un monologue qui nous happe. 

La comédienne Caroline Gasser tourne d’abord le dos au public, en fond de scène, dans la pénombre. Puis on entend la voix de Dalida chanter ” Histoire d’un amour”, l’histoire d’un amour “éternel et banal”. La chanson est sortie en 1958. Cet été-là, Annie Ernaux allait avoir 18 ans. Elle travaillait comme monitrice dans une colonie de l’Orme. Il a fallu à l’écrivaine française le temps de la maturité pour rouvrir les pans de sa jeunesse et de ses premiers rapports sexuels. Une histoire refoulée, associée à l’amour sans en être. C’était avec H, moniteur-chef à la carrure imposante un peu plus âgé qu’elle. Il était fiancé.

Son récit Mémoire de fille (2016) revient sur cette première expérience physique, celle d’un corps qui s’abandonne au-delà de la raison, pour assouvir à tout prix une seule obsession, perdre sa virginité. Un corps magnétisé par cette première nuit avec un homme, entre inexpérience et absence de plaisir. Annie Ernaux convoquera Simone de Beauvoir pour dire que “la première pénétration est toujours un viol”.

Caroline Gasser porte ce texte de manière limpide sur le plateau des Amis. Son ton légèrement grave, sans emphase ni jugement, restitue la distance imposée par l’écrivaine, finalement revenue sur ces instants marquants de l’adolescence, à la troisième personne du singulier. Au fil d’un long monologue qui nous happe, Caroline Gasser fait entendre tous les bruissements du corps d'”elle”, et les turpitudes de l’esprit, passant ensuite au “je”, une fois l’écrivaine réconciliée avec elle-même. José Lillo signe cette mise en scène fine, belle et simple, comme un miroir subtil de l’écriture d’Annie Ernaux. C’est à voir à Carouge, dans l’intimité du Théâtre des Amis, rebaptisé Théâtre des Amis musiquethéâtre par sa directrice Françoise Courvoisier.

CÉCILE DALLATORRE
02.04.2019 

 

À propos d’Haldas Aufair

 

Aufair joue Haldas

Boulevard des Philosophes, Chroniques de la rue Saint-Ours, La légende des cafés, etc. Autant de textes de Georges Haldas (1917-2010), dans lesquels Maurice Aufair, 84 ans, s’est plongé pour en extraire un matériau théâtral. Jusqu’à dimanche, il est à découvrir dans Haldas Aufair sur la scène du Théâtre des Amis, à Carouge, dirigé par Françoise Courvoisier. Le comédien genevois y rend hommage à l’écrivain, qu’il a bien connu. Egalement traducteur, essayiste et poète, Georges Haldas, né d’un père italo-grec et d’une mère suisse, passa la majeure partie de sa vie à Genève, où une plaque salue désormais sa mémoire au 7 boulevard des Philosophes. Auteur d’une oeuvre prolifique et récompensé par de nombreux prix, il avait l’art de faire récit du quotidien, et des petites gens, au détour d’un café, avec ses mots de poètes.

CÉCILE DALLATORRE
16.10.2018 

 

LÉMAN BLEU

 

Les Yeux dans les Yeux

 

À propos de Probablement les Bahamas

 


Interview de Françoise Courvoisier
PASCAL DÉCAILLET
25.02.2019

 

Les Yeux dans les Yeux

 

À propos d’Oldamir Alsmatoff

 


Interview de Charlotte Filou
PASCAL DÉCAILLET
29.01.2019

 

Les Yeux dans les Yeux

 

À propos de Misogynie à part

 


Interview de Françoise Courvoisier
PASCAL DÉCAILLET
04.12.2018

 

Genève à chaud

 

À propos du Blues de la Bourgeoise

 


Interview de Françoise Courvoisier à 10’30”
PASCAL DÉCAILLET
30.10.2018

 

Les Yeux dans les Yeux

 

À propos de Vive la mariée!

 


Interview de Françoise Courvoisier
PASCAL DÉCAILLET
10.09.2018

 

Les Yeux dans les Yeux

 

À propos de Mathilde

 


Interview de Françoise Courvoisier
PASCAL DÉCAILLET
30.04.2018

 

Les Yeux dans les Yeux

 

À propos de l’ouverture de LES AMIS, musiquethéâtre

 


Interview de Françoise Courvoisier
PASCAL DÉCAILLET

15.03.2018

 

TRIBUNE DE GENÈVE

 

À propos de Cuckoo

 

Le cuiseur à riz, métaphore d’une Corée sous pression

Le performeur Jaha Koo présente à Carouge un grinçant «Cuckoo» qui fait état d’une jeunesse coréenne dépressive.

Inaugurant un partenariat tout neuf avec La Bâtie, le Théâtre des Amis accueille ces jours de Séoul – mais via les Pays-Bas – une performance aigre-douce, tragicomique, bref un brin schizophrène. Ses protagonistes? Trentenaire sombre et poupin, l’artiste sud-coréen Jaha Koo, actuellement basé à Amsterdam, dans son propre rôle, à la première personne; à sa gauche, Hana, un autocuiseur de riz condamné à ne faire que cela, cuire du riz, contrairement aux deux autres rice-cookers à sa droite, Duri et Seri, qui, eux (elles?), prennent la parole – conversent, vocifèrent, insultent – tout en faisant copieusement clignoter leurs leds. Derrière ce petit monde, un écran où défilent des images d’archives documentant le triste état où se trouve la Corée depuis 1997, quand le pays en crise a accepté le plan de sauvetage du FMI, et que Jaha Koo a vu nombre de ses amis se suicider à la chaîne. Lui-même, dès lors, se définit par un mot n’existant que dans sa langue, et qui signifie «isolé sans aide».

À la fois témoignage intime, exposé d’histoire et cri d’alarme anticapitaliste, «Cuckoo» se livre sur le ton mesuré que l’on associe au style asiatique. Baigné de rengaines électros également signées de l’auteur, le spectacle superpose à la gravité par moments insoutenable du propos un vernis «kawaii» que figure bien le cuiseur à vapeur, lui qui couvre sa pression interne d’un design «user-friendly» en vue de produire quotidiennement ses portions de riz nature – consommés «seuls sans aide» le plus souvent. Un ustensile semblable à la pièce qu’il inspire, et pas forcément aux antipodes de son homonyme helvétique.

KATIA BERGER
03.09.2019 

 

À propos des Amis Musiquethéâtre

 

Carouge sauve le Théâtre des Amis

Le Conseil municipal a décidé, mardi soir, d’accorder une subvention de 300 000 francs à l’institution. 

Le Théâtre des Amis à Carouge est sauvé. Après deux ans d’incertitudes suite au départ précipité de son ancien directeur, Raoul Pastor, l’institution de la place du Temple retrouve enfin une stabilité. Le Conseil municipal a décidé mardi soir d’accorder une subvention exceptionnelle de 300 000 francs à l’établissement.

Ce montant sera également octroyé les prochaines années. “Je suis ravie, je me réjouis de pouvoir confirmer aux artistes les spectacles de l’automne, réagit Françoise Courvoisier, qui a repris les rênes du lieu il y a un an. Sans cette subvention, je n’aurais pas pu continuer.”

La survie de cette petite scène de 80 places n’était pas gagnée d’avance. Elle avait frôlé la fermeture à la fin 2017 en raison d’une bisbille entre son fondateur Raoul Pastor et la Commune. Craignant de voir le théâtre disparaître, la metteuse en scène et comédienne Françoise Courvoisier avait décidé sur-le-champ de reprendre le flambeau. Grâce aux soutiens financiers d’une fondation et d’un mécène qui souhaitent garder l’anonymat, l’ancienne patronne du Poche a pu mettre en place une programmation qui mêle théâtre et musique. Echaudée par le coup de sang de Raoul Pastor, la Ville de Carouge avait quant à elle décidé de supprimer sa subvention, tout en promettant de reconsidérer l’option lorsqu’un nouveau projet aurait fait ses preuves.

Ce jour-là est arrivé. Plus d’un an s’est écoulé depuis la reprise du lieu et le succès est au rendez-vous. La dizaine de spectacles proposés par la nouvelle équipe, les concerts classiques du dimanche matin et les “nocturnes jazz” organisés les jeudis soir ont séduit le public. “C’était un pari risqué, confie Françoise Courvoisier. Heureusement, j’ai une bonne expérience dans le métier et une grande capacité de travail. Et puis je suis très bien entourée.”

Le travail de la nouvelle directrice a été salué par l’ensemble des conseillers municipaux mardi soir. Malgré cet enthousiasme partagé, la demande de subvention a suscité de vives discussions au sein du Délibératif. Les élus PLR et MCG estimaient l’octroi de celle-ci inapproprié alors que la Commune n’a toujours pas de budget 2019, faute d’accord entre les partis.

Le PLR s’est dit prêt à entrer en matière pour autant que l’hémicycle promette de réduire d’autant d’autres dépenses et que la Commune ne s’engage pas formellement auprès des Amis pour les années à venir. A majorité de gauche, le Conseil municipal a refusé l’amendement du PLR. La délibération a été votée à une faible majorité.

Le montant alloué à Françoise Courvoisier reste très inférieur aux 900’000 francs versés à l’époque à son prédécesseur. La directrice explique cette différence notamment par la “scénographie légère” de ses spectacles. Elle précise néanmoins que le théâtre pourra tourner grâce aux soutiens de mécènes qui compléteront la subvention communale.

CÉLINE GARCIN
02.05.2019 

 

À propos de Mémoire de fille

 

Déflorations au Théâtre des Amis

«Mémoire de fille» d’Annie Ernaux perd sa virginité scénique à la faveur de cette première adaptation. José Lillo y dirige une méticuleuse Caroline Gasser.

L’enivrant sirop d’un tube de Dalida, «Histoire d’un amour». Dos au public, dans la pénombre, une longue silhouette féminine. La chanson se tait; l’obscurité se troue; Caroline Gasser se tourne, et déflore de sa voix limpide le texte d’Annie Ernaux, «Mémoire de fille» – pour la toute première fois porté à la scène par José Lillo. La minutieuse élocution de la Genevoise, ses doigts effilés caressant l’air épouseront 75 minutes durant l’avancée du récit autobiographique d’un dépucelage. Narration en crabe, à la troisième personne du singulier, s’autorisant ici et là digressions réflexives ou notations socioculturelles. Un va-et-vient suivant les coups de sonde de la remémoration – jusqu’à la diffusion, pour clore la boucle, d’un «J’attendrai» de la susdite Dalida.

Le titre initial, parce qu’il abreuve les ondes en cet été 1958, pendant lequel Annie Duchesne, 18 ans, monitrice de colonie de vacances, vit son premier rapport sexuel à l’occasion d’une «surpat». Le final, parce que l’écrivaine, désormais Annie Ernaux, a elle-même attendu 2015 pour restituer cette expérience fondatrice restée tout ce temps à l’état de projet littéraire. Entre les deux mélopées, une parole qui cherche à parcourir la distance sans trahir ni le «elle» d’alors ni le «moi» d’aujourd’hui: neutre et incisive en même temps. Pour la faire entendre, une démarche théâtrale hiératique, qui viendrait compenser la rudesse de l’«entrée en sexualité», selon l’expression de Lillo.

Au contraire de la brutalité, règne ici l’acuité: le sens abstrait supplante le sens concret du mot «pénétration». Ce qui n’empêchera ni Ernaux ni Lillo de convoiter l’empathie du public – contre une mère rigoriste ou un amant goujat –, quitte à flirter avec l’univocité propre à l’autofiction.

KATIA BERGER
09.04.2019 

 

À propos de Probablement les Bahamas

 

Comment la violence se balaie sous le tapis

Au Théâtre des Amis, Claude Vuillemin monte «Probablement les Bahamas», du Britannique Martin Crimp. Et avec quelle intelligence!

Nous sommes à la fin des années 80, dans le salon cossu de Franck et Millicent Taylor, retraités. La datation n’a de valeur qu’anecdotique, pour justifier que la fiction contienne des téléphones reliés à des fils, des vieilles dames en tailleur et des photos qu’on se passe sur papier. Pour le reste, le constat global effectué par l’éminent dramaturge anglais Martin Crimp – la trentaine au moment où il écrit «Definitely the Bahamas» («Probablement les Bahamas») – garde toute son acuité: la bourgeoisie d’où qu’elle vienne mettra toujours tout ce qu’elle peut en œuvre pour nier la violence qu’elle engendre. Il y va de sa survie.

Le comédien genevois Claude Vuillemin – sensiblement du même âge que l’auteur – choisit à raison de revenir à la mise en scène (on se rappelle son «Irrésistible» il y a quelques saisons au Poche) avec ce texte dont il partage l’humour glacé, la désespérante lucidité, et jusqu’à une forme de cruauté meurtrie. Sans la moindre ostentation, Vuillemin superpose à la peinture sociale de Crimp quelques enluminures d’inconséquences et d’aveuglements plus contemporains.

Voici donc Milly, sublimée par une Anne Durand au top de sa forme: bavarde, chamailleuse, appuyant son emprise sur d’incessants «hein, Franck?» rhétoriques. Dans son ombre se recroqueville le susdit mari, sous les traits d’un Christian Robert-Charrue qui se rallume chaque fois que son tyran reprend son souffle. Pour tromper leur solitude commune, voilà encore Marie Ruchat, dans le rôle de cette jeune fille au pair dont chacun écorche allègrement le prénom: Marijka. Alors qu’elle dispose un bouquet dans le vase, l’affriolante Hollandaise révélera, en un long monologue, comment Michael, le fils parvenu dont ses parents sont si fiers, a abusé d’elle sexuellement, presque sous leurs yeux.

Captive, l’assistance assure à ce mouroir pavillonnaire «le calme» tant recherché par les Taylor. Mais il n’y a pas que le silence de la salle. Une autre instance se tait, accusant sotto voce les complicités coupables. Il s’agit d’un personnage à l’identité mystérieuse, auquel les protagonistes adressent leur babil. Claude Vuillemin s’est distribué à lui-même la partition muette de cette oreille ambassadrice du public, de cet enquêteur sur la piste du crime, de ce thérapeute auquel rien n’échappe – et dont l’écoute invite le spectateur à relayer l’analyse critique. Suivant l’exemple de cette passivité feinte, l’observateur note par exemple qu’un féminisme peut en cacher un autre. Et que l’emballement actuel, s’il défend le point de vue de la victime Marijka, n’assume certainement pas l’ascendant de la mégère Milly…
KATIA BERGER
28.02.2019

 

À propos d’Oldamir Alsmatoff

 

On rassemble deux tourtereaux

Il avait tapé dans l’oeil de Françoise Courvoisier sur le plateau d’Am Stram Gram, elle avait attiré son regard sur celui de la Comédie. La metteure en scène a l’excellente idée de réunir Charlotte Filou et Antoine Courvoisier (rassurez-vous, à peine un petit-cousin issu de Germain) dans une comédie décalée de Guy Foissy, suggéré par le jeune comédien. Résultat à découvrir jusqu’au 3 février: “Oldamir Alsmatoff”, du nom d’une statue fictive à l’ombre de laquelle éclosent maladresses et tendresses .
KATIA BERGER (Mon dimanche à Genève)
18-19.01.2019

 

À propos de Misogynie à part

 

Les Amis rendent sa niaque à Brassens

Rien qu’en le fredonnant, trois comédiens en verve mettent le copain d’abord.

Qu’on se rende à l’évidence: l’époque boude Georges Brassens. On juge ses ritournelles pauvres sur le plan musical. Ses textes, surtout depuis le mouvement #MeToo, heurtent les féministes. On lui préfère les refrains graveleux de Gainsbourg ou les doucereux d’Yves Duteil. Bref, il y a une certaine audace à entreprendre en 2018 sa réhabilitation. Ce culot, méritoire, revient à Françoise Courvoisier, une artiste connue chez nous pour n’avoir pas froid aux yeux.

Au Théâtre des Amis qu’elle a repris en début d’année, elle appose sans ambages sa signature visuelle à «Misogynie à part». Nappe Vichy, baguette, pinard et canapé de cuir rouge, la metteure en scène trimballe son style de la vieille ville à Carouge. Sa caution féminine, reconnaissable notamment à cette convivialité sans façon, devrait préserver le tour de chant qu’elle offre en cadeau de fin d’année du blâme pour phallocratie.

Son savoir-faire, lui, va plus loin que cela. Il se déclare d’abord dans le choix des morceaux retenus pour le spectacle, qui se détourne des plus populaires «Amoureux des bancs publics», «Brave Margot» ou «Parapluie», pour mettre en relief, précisément, les moins politiquement corrects «Je me suis fait tout petit», «La complainte des filles de joie» ou «Fernande».
Plus encore, l’intuition de la créative lui désigne les interprètes rêvés pour sortir le barde de la léthargie où il sommeille – et réactiver ses multiples jaillissements.

Diversement pourvus en pilosité faciale, Roland Vouilloz, Philippe Mathey et François Nadin, accompagnés du guitariste argentin Narciso Saùl, reflètent chacun une facette de la virilité brassensienne. Le premier, syllabes syncopées et regards entendus, fait saillir le poète: «un baiser pour de bon, un baiser libertin, un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin», détache-t-il. Le deuxième, désabusé, goguenard, esquisse le séducteur, jamais avare de provocations: «95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant», gouaille-t-il avec le renfort du public. Le troisième, lui, met sa mélodieuse émotion, aux accents parfois poignants, au service du romantique: «on pleure les lèvres absentes de toutes ces belles passantes».

Avec leur instrumentiste, mais sans l’apport du moindre commentaire ni de la moindre trame narrative, ils font chatoyer la tête, la sève et le cœur du chansonnier – jusqu’aux acmés successives atteintes par «Jeanne», «La prière» ou «Les amours d’antan». Ils dessinent tant la complexité que la profondeur du rapport aux femmes de l’immortel gorille. Sous les applaudissements continus du public, ils lui administrent une belle dose d’aphrodisiaque!
KATIA BERGER
30.11.2018

 

À propos d’Haldas Aufair

 

On rend visite à Haldas au bras d’Aufair 

Une grande figure de la scène va à la rencontre d’une grande figure de la littérature, toutes deux genevoises. La première, Maurice Aufair, retient les pages qu’elle préfère de la seconde, Georges Haldas, et en tire un spectacle sobrement intitulé “Haldas Aufair”. Dernière ce dimanche.
20-21.10.2018 (Mon dimanche à Genève)

 

À propos de Vive la mariée!

 

On célèbre un mariage à Carouge

Françoise Courvoisier rassemble ses amis à l’occasion de “Vive la mariée!”, un tour de chant tantôt festif, tantôt mélancolique, qui voit Christine Vouilloz, Felipe Castro, Floryane Hornung et Moncef Genoud reprend Michel Jonasz, Claude Nougaro, Julien Clerc ou Joe Dassin, selon l’humeur. Attention, dernière ce dimanche!
29-30.10.2018 (Mon dimanche à Genève)

 

SCÈNES MAGAZINE

 

À propos de la demi-saison septembre 2019- janvier 2020

 

1/2 saison 2019/2020

Françoise Courvoisier entame sa deuxième saison à la direction du sympathique et convivial petit théâtre – en terme de jauge mais non de qualité – de Carouge qui mêle spectacles de musique et de théâtre pour le plus grand plaisir du public.
Scènes Magazine l’a rencontrée dans son antre pour évoquer sa demi-saison jusqu’en janvier 2020,  dont le fil rouge est qu’elle aborde des sujets plutôt graves avec humour, car la joie de vivre subsiste même dans les pires situations.
Attention ! Les spectacles se jouent souvent peu de soirs…

Après l’accueil de Cuckoo du Sud Coréen Jaha Koo dans le cadre de La Bâtie-Festival et la création de Est-ce que les fous jouent-ils ? du toujours si vivant bien que disparu Michel Viala, l’accueil de Perplexe de l’auteur contemporain allemand Marius von Mayenburg apportera fraîcheur et fantaisie. Un couple rentre après des vacances dans son appartement prêté à des amis et se retrouve dans la position d’étrangers car les amis se sont appropriés leur intérieur. Folie, non-sens et absurde mènent la danse, orchestrée par Georges Grbic. 30 octobre-3 novembre.

Puis ce seront les Brèves carougeoises en reprise après le succès au Printemps Carougeois 2019. Il s’agit d’un emprunt aux Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio et Jean-Michel Ribes, une adaptation très libre de Françoise Courvoisier qui en signe également la mise en scène. Soit une quinzaine de personnalités locales, treize non professionnels et deux professionnels, Pierre Maulini et Jef Saintmartin. C’est du quotidien drôle et tendre, surtout inspiré du film qui a donné lieu à une réécriture. 6-10 novembre.

Autre reprise dont se réjouiront les amateurs de Brassens, Misogynie à part, avec les trois comédiens chanteurs Roland Vouilloz, Philippe Mathey et François Nadin, accompagnés par la guitare experte de Narciso Saùl. Egalement mis en scène par la directrice des lieux. 13-17 novembre.

Un sujet plus grave avec Le Corps infini de René Zahnd, mis en scène par Françoise Courvoisier. Guerre de couples en écho au drame mondial dans le huis-clos d’une chambre d’hôpital, entrecoupée des merveilleuses pauses poétiques que s’offre la protagoniste qui ne sont rien d’autre que des envolées érotiques qui l’aident à atteindre la plénitude grâce à Slimane l’absent. Alexandra Tiedermann sera la rescapée en sursis d’une tragédie qui se passe loin de nous, dans un pays en guerre. 27 novembre – 15 décembre.

En pendant à Misogynie à part qui fait chanter quatre hommes, Françoise Courvoisier a souhaité faire chanter quatre comédiennes et c’est Anne Sylvestre avec sa Sorcière comme les autres pour laquelle elle a eu un gros coup de coeur qui a fait naître le spectacle musical Faites-vous légers ! 18-31 décembre.

Enfin, la demi-saison se terminera en janvier avec une création du Français Rémi De Vos, Trois Ruptures, avec deux tout jeunes comédiens sortis de l’école Serge Martin, dans une mise en scène de Nadim Ahmed. Ce sera une comédie grinçante sur le thème de la séparation de trois couples, joués successivement par les deux comédiens. Coproduction Les Amis – Le Chariot et Cie Sous Traitement. 8-26 janvier.

Et la suite ? On croit savoir que de belles surprises attendent les spectateurs, dont un retour sur la scène qui en réjouira plus d’un…

LAURENCE TIÈCHE-CHAVIER
10.2019

 

À propos d’Oldamir Alsmatoff

 

Oldamir Alsmatoff

Guy Foissy / Françoise Courvoisier

Avec Charlotte Filou et Antoine Courvoisier

Louis la Poisse cherche à trouver l’âme soeur mais à chaque fois qu’il donne rendez-vous à une femme ‘rencontrée’ par le biais d’un site, près de la statue d’Alsmatoff, une drôle de créature vient lui casser ses plans…

 

Guy Foissy est un dramaturge français né en 1932 à Dakar. Enfant, il suit son père ingénieur en Afrique occidentale française dans ses différents postes (Mali, Dahomey, Sénégal). Ses premières pièces ont été montées en 1956 au Théâtre de la Huchette à Paris, puis en 1965 par la Compagnie Jean-Marie Serreau-André-Louis Périnetti. En 1972, Cœur à deuxest créée à la Comédie Française, et en 1976, une compagnie théâtrale japonaise dirigée par Masao Tani, décide de s’appeler Théâtre Guy Foissy, et de se consacrer exclusivement à son œuvre dramatique (une cinquantaine de comédies…)
Guy Foissy a mené parallèlement une carrière de cadre de l’Action Culturelle en France et à l’étranger, et a également été administrateur du Théâtre de Bourgogne, directeur du CAC Mâcon, directeur du Centre culturel franco-italien de Gênes, et président de la Compagnie 73-Théâtre de Cannes.
Une vie bien remplie donc, qui n’a cessé d’alimenter son écriture. La carrière définitivement internationale – il est traduit en pas moins de 15 langues – d’un homme aujourd’hui mal connu des jeunes générations, à re-découvrir toutes affaires cessantes. En effet, son écriture mêle absurde et non sense, humour, cruauté et ironie, et fait la photographie d’une époque loin d’être désuète, ou obsolète comme on dit aujourd’hui. Epoque des Ionesco, des Tardieu, des Queneau qui aimaient à jouer sur les mots, avec les mots, et à inscrire leurs intrigues dans un quotidien un poil décalé.

 

Entretien croisé avec les deux acteurs : Charlotte Filou et Antoine Courvoisier

De quoi parle cette pièce, et en quoi vous parle-t-elle ?
CF/AC : En deux mots : un homme attend une femme rencontrée sur la toile. Il ne la connaît pas, il ne sait pas son nom, mais son pseudo ‘social’. Il l’attend près d’une statue, nommée Alsmatoff. À chaque rencontre prévue, une femme vient l’embêter, contrarier ses plans. Il ne voit jamais son rendez-vous.

CF : Les thèmes de la solitude, des rencontres difficiles, l’impossibilité de se parler, et le comique de la situation qui s’ensuit, me parlent. L’humour de Foissy est fin, souvent absurde. Il met en scène deux angoissés. Ici, la femme épie l’homme, le dérange et l’homme regrette d’être sorti.

Quel âge ont les personnages que vous incarnez dans la pièce ?
CF/AC : On ne sait pas exactement. Disons qu’ils ont notre âge… Nous vivons à l’ère du portable et des rencontres virtuelles ; nous avons transposé certaines situations pour rendre le texte plus directement accessible au public contemporain.

La pièce se passe dans un huis-clos extérieur, si j’ose dire…
CF/AC : Oui, dans un square, à côté de la fameuse statue !

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette pièce ?
AC : Un lieu, deux personnages. Cela permet de partir dans plusieurs directions, ce qui est dynamisant à jouer. Le charme de la pièce réside également dans certaines répliques assez énigmatiques.

Oldamir Alsmatoff, on dirait une anagramme, ou un nom de personnage sorti de la Disparitionde Perec…
CF : Oui ! Foissy a le sens du « non sens ». Son humour est singulier. Les personnages jouent à jouer, avec les situations comme avec le langage.

Quel type de mise en scène a été privilégié ?
CF/AC : Françoise Courvoisier a opté pour une mise en scène épurée, concentrée sur le texte et le jeu d’acteur. Aucune surenchère.
ROSINE SCHAUTZ
02.2019

 

À propos de Mathilde 

 

Mathilde

Françoise Courvoisier, ancienne directrice du Théâtre de Poche à Genève (de 2003 à 2015), reprend les rênes du Théâtre des Amis à Carouge, sous le nom LES AMIS, musiquethéâtre. Le deuxième spectacle à y être présenté est la pièce Mathilde de Véronique Olmi, adaptée et jouée par Françoise Courvoisier, du 2 au 20 mai. 

Véronique Olmi, comédienne puis romancière d’origine niçoise, livre avec Mathilde une pièce poignante sur une femme, auteure célèbre, qui rentre dans son ménage après avoir purgée une peine de trois mois de prison pour avoir couché avec un adolescent de 14 ans. Face à son mari inquisiteur, elle devra trouver les mots justes pour expliquer et faire comprendre un acte qui aujourd’hui semble absolument inacceptable, non sans humour et mordant. Son dernier roman, Bakhita, a par ailleurs été finaliste du Goncourt et lauréat du prix du roman Fnac 2017.

Françoise Courvoisier, racontez-nous un peu ce nouveau projet “LES AMIS”.
Je suis tout d’abord extrêmement reconnaissante envers Raoul Pastor, l’ancien directeur, de m’avoir permis de reprendre son Théâtre des Amis pour pouvoir réaliser mon projet. Ce n’est donc pas une réouverture au sens strict, mais bel et bien l’inauguration d’une nouvelle mouture, baptisée “LES AMIS musiquethéâtre”, qui eut lieu le 21 mars de cette année, avec Complètement Dutronc, qui a réuni une dizaine de comédiens qui reprenaient les chansons de Jaques Dutronc, manière de lier musique et théâtre de façon programmatique. Comme j’ai une expérience et un amour tant pour le théâtre que la musique, je souhaitais proposer un lieu à Genève où des artistes avec ce double talent bénéficieraient d’un public. Cette salle est donc dédiée à la musique et au théâtre, avec, en sus des représentations, des matinées classiques – pour faire découvrir ce monde parfois trop confirmé à public de n riche – et des nocturnes jazz.

Comment en êtes-vous venue à adapter la pièce de Véronique Olmi?
J’ai rencontré l’écriture de Véronique Olmi à Avignon en 1998, avec la création Chaos Debout. Ébranlée par ses textes dont la musicalité m’a tout de suite frappée – et qui explique donc en partie le choix de l’adapter dans le cadre de ce projet music-théâtral – j’ai par la suite dévoré tout ce qu’elle a produit. J’avais du reste programmé son bouleversant Bord de mer, histoire d’une Médée moderne, au Théâtre e Poche, qui avait eu un impact durable sur le public. Mathilde, publié aux éditions Acte de Sud en 2003, poursuit la thématique du couple et de la femme “tragique” propre à son auteure. Elle a par ailleurs déjà été mise en scène au Rond-Point par Didier Long et au Théâtre Le Public à Bruxelles par Michel Kacenelenbogen. Mais les spectateurs prenaient peut-être trop cite le parti du mari, et c’est pour cela que Christian Gregori et moi-même avons décidé de créer une mise en scène qui ne soit pas moralisatrice envers l’acte de la protagoniste, Mathilde.

D’ailleurs, c’est vous-même qui jouez Mathilde.
Tout- à-fait! Bien que j’ai été très tôt comédienne, je m’étais promis désormais de ne pas mettre en scène et jouer… mais j’ai été si touchée par la pièce, que j’ai décidé de faire exception. Cette pièce me tient à coeur car, dans notre époque rigoriste, elle est contestataire: parler de sexualité débordante des femmes est aussi une manière de s’extirper de ce sexisme sous-terrain qui réserve ce genre de libido taboue aux hommes. Véronique Olmi désamorce d’autant plus la situation par son écriture fine et drôle, ce qui lui permet, en dépit de la situation bien spécifique dont elle parle, de s’adresser à tout un chacun. Car c’est au fond l’histoire d’un pardon et d’un amour qui pardonne.
ANTHONY BEKIROV
05.2018

LE TEMPS

 

À propos de Cuckoo

 

La Corée du Sud vous fait Cuckoo

Sobre, précis, haletant. Ce spectacle à La Bâtie qui raconte comment le pays asiatique est sous pression depuis le plan du FMI est une véritable claque. A voir au Théâtre des Amis, à Carouge, jusqu’à vendredi.

On l’a écrit, cette Bâtie 2019 fait la part belle aux comédiens et aux performeurs – une palme au troublant Stéphane Gladyszewski et son Corps noir, au Théâtre du Loup, ou comment trouver un père dans la matière. A l’inverse de cette tendance, Cuckoo ne se distingue pas par ses prouesses d’acteur. Sur la scène des Amis, à Carouge, l’unique interprète, Jaha Koo, brille par son effacement constant. Mais quelle claque, ce spectacle! Cuckoo est une formidable leçon d’histoire récente qui raconte comment la Corée du Sud s’est fait étrangler par le FMI en 1997 en échange d’un plan de sauvetage. Une «humiliation nationale» restituée à travers trois autocuiseurs de riz de la marque Cuckoo, emblème domestique du pays. La charge est sobre, précise, haletante.

Tout commence avec un jet de vapeur. Hana, le premier autocuiseur, rouge et muet, a rempli son humble office. Soit cuire du riz, socle nutritif de la Corée du Sud, nation exsangue et en feu depuis que ses dirigeants ont accepté le plan de redressement de Robert Rubin, secrétaire au Trésor américain, dans l’administration de Bill Clinton. L’idée du 21 novembre 1997? Eponger les dettes du pays en lui versant 55 millions de dollars et exiger en contrepartie d’en prendre les rênes de sorte à imposer une politique d’austérité.

C’est en tout cas ce qu’expliquent les deux autocuiseurs blancs trônant sur la table, après s’être copieusement engueulés. Des autocuiseurs qui s’insultent? C’est que ces robots emblématiques pour leur servilité ont été trafiqués de sorte à penser, analyser, s’allumer, chanter, etc. Comme si, dans cette contrée où les citoyens sont niés, les machines étaient plus vivantes que les humains.

Colère et riposte policière
Pendant que les autocuiseurs dressent leur réquisitoire, des vidéos montrent la colère des Coréens, toutes générations confondues. Des manifestants qui descendent dans la rue et se font corriger sans ménagement. Revendications, affrontements, violence: l’idée discrète et feutrée que l’on se fait de la Corée vole en éclats face à ces poings levés, ces visages désespérés et les coups de bouclier des policiers. C’est rude et ça dure depuis vingt ans.

Le temps d’une génération, justement. Jaha Koo a 34 ans et, aussi loin qu’il se souvienne, il n’a jamais «vu personne sourire en Corée». Aujourd’hui, il travaille comme musicien et performeur en Belgique, et dédie son spectacle à six de ses amis qui se sont suicidés. Chômage ou travail de somme, sept jours sur sept, pour un salaire indécent, vies familiales brisées, pression constante sur les jeunes épaules: Jaha Koo parle, détaille et c’est Emile Zola ou Victor Hugo qu’on entend. Avec, en plus, le froid glacial de la technologie.

Au nom de Jerry
L’artiste qualifie cette dépression d’«isolement sans aide», des mots qu’il dit en coréen. Sinon, il s’exprime en anglais, parfois relayé par les autocuiseurs qui clignotent et poussent la chansonnette. Le contraste entre la légèreté du style et la gravité du propos frappe. Jaha Koo parle surtout de Jerry, un ami danseur qui, devenu père, n’a pas résisté à la pression et a fait le grand saut. Un acte, le suicide, qui «se répète toutes les trente-sept minutes en Corée du Sud», assène l’auteur. A la fin, Jaha construit une tour avec du riz cuit. Un petit bonhomme, de riz aussi, est placé à son sommet. Sautera, sautera pas? On connaît déjà la fin du récit.

MARIE-PIERRE GENECAND
03.09.2019 

 

À propos de Mémoire de fille

 

Un mirage d’amour avec Annie Ernaux à Genève

La comédienne Caroline Gasser s’empare avec humilité de «Mémoire de fille», récit sec et poignant qui sonne juste au Théâtre des Amis à Carouge.

Cet été-là, Annie Ernaux a cru vivre un grand amour, sourit l’actrice Caroline Gasser au Théâtre des Amis, à Carouge. Cet été-là, on parle de l’année 1958, le général de Gaulle revient aux affaires, Charly Gaul, ce feu follet du bitume, gagne le Tour de France, et la future écrivaine, 18 ans, croque la pomme de l’indépendance dans une colonie de vacances où elle est monitrice. Elle le pressent, elle l’espère, elle va y rencontrer le premier homme de sa vie, un certain H.

Un goujat aux airs de Marlon Brando
Il a 22 ans, il est moniteur, fiancé à une demoiselle dont il garde la photo près de son lit et Annie lui trouve un air de Marlon Brando. Il lui donne le vertige un soir où toute l’équipe s’enivre en musique. Il l’entreprend avec une brusquerie de brute, elle est chamboulée et bientôt amoureuse. A 18 ans, on n’est pas raisonnable, on est absolu. Annie l’est; H. s’en moque. Il la harponnera trois semaines après: une heure et demie dans les mauvais draps d’une virilité obtuse.
Cette initiation au sexe qui tourne à l’humiliation a inspiré à Annie Ernaux Mémoire de fille(Gallimard/Folio), récit qui creuse son lecteur comme le ressac le rocher. Ce livre n’ouvre pas seulement une poche de honte, il examine et exalte le pouvoir d’élucidation de l’écriture. Il procède d’un double «je(u)»: sur le rivage du temps, Annie Ernaux repêche, un demi-siècle plus tard, l’Annie d’hier, rescapée des eaux d’une amnésie plus ou moins volontaire.

L’art de l’effacement
C’est dire s’il y a, dans ce dispositif, du théâtre et si Caroline Gasser a eu raison de tenter l’aventure. Parce qu’elle sublime les tourments qui lui sont propres en clarté, parce qu’elle sait s’effacer pour qu’une parole chemine en liberté, la comédienne genevoise excelle sous le ciel de cet été 1958.
Elle avance, donc, dans la chambre obscure des leurres d’antan, précise comme le photographe d’autrefois au moment d’extraire son image du bain. Rien ne fait obstacle à cette opération de la pensée. Le metteur en scène José Lillo a voulu cette pureté d’énonciation: un pinceau de lumière plutôt qu’un décor.
Alors oui, en ouverture, la fameuse chanson de Dalida, Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour, ravit. Annie Ernaux la cite au début de sa traversée, parmi les reliques de ce mois de juillet fatidique. Ecrire sur soi, c’est affronter ses mélodies perdues. Caroline Gasser est au diapason, dans sa façon obstinée de fendre la nuit pour que cette déchirure ne soit plus lettre morte.

ALEXANDRE DEMIDOFF
09.04.2019

 

À propos d’Oldamir Alsmatoff

 

Amours virtuelles, plaisir réel

A Carouge, un spectacle savoureux raconte le danger de la technologie dans les jeux amoureux. 

On le répète sans cesse, Guy Foissy a choisi d’en faire une pièce. Alors qu’elle est censée nous rapprocher en facilitant les connexions, la technologie rate souvent sa cible en empêchant les vraies relations. C’est le cas dans Oldamir Alsmatoff, un duo malin et généreux à voir au Théâtre des Amis, à Genève, jusqu’au 3 février. La situation? Un dénommé Louis la Poisse multiplie les rendez-vous dans l’espoir de trouver la femme de sa vie et passe à côté de celle qui apparaît dans la réalité. Dans un texte qui rappelle Roland Dubillard pour son côté allumé, Charlotte Filou et Antoine Courvoisier composent un couple parfait sous la direction de Françoise Courvoisier. «Vous l’aurez voulu, vous l’aurez voulu! C’est vous qui l’aurez voulu! Parce que moi. Moi! Moi, je n’ai besoin de personne! Je n’ai besoin de parler à personne moi! J’ai un rendez-vous moi! J’ai rendez-vous avec une femme moi. Une femme-femme, vous voyez ce que je veux dire. J’ai rendez-vous avec la femme que j’aime. La femme-femme que j’aime-j’aime et avec qui j’ai rendez-vous. Elle va arriver. Elle va arriver parce que je l’aime et qu’en plus nous avons rendez-vous.»

Langue musicale
Antoine Courvoisier n’est pas seulement acteur, il est aussi musicien et chanteur. Il faut ces qualités pour interpréter une partition aussi rythmée que celle écrite par Guy Foissy. L’extrait ci-dessus témoigne de la langue cadencée de l’auteur français et le jeune comédien romand, formé chez Serge Martin, trouve parfaitement le ton agité de son personnage.

Femme fatale
En face de lui, Charlotte Filou joue sur plusieurs registres. Elle est «Elle», la femme en chair et en os qui apparaît à chaque rendez-vous au pied de la statue équestre d’Oldamir Alsmatoff et se moque de ce rêveur récidiviste qui, chaque fois, croit que la «Suédoise de 1 m 85» va arriver. Dans une première séquence, elle a le ton rentre-dedans et l’accoutrement d’une gamine insolente. Elle revient en fille fleur, dans une robe rouge à pois blancs, et sa voix se fait plus grave, plus tentante. Au final, elle apparaît en femme fatale, robe noire et boa, et signe la fin de ce jeu dangereux. C’est qu’il se pourrait bien que les faux rendez-vous soient de vrais défis imaginés par les amoureux…
Le spectacle vaut pour la réflexion sur le danger des amours virtuelles. Il vaut surtout pour le duo savoureux que composent les deux comédiens, habiles à visiter la gamme des sentiments et des stratégies de séduction.
MARIE-PIERRE GENECAND
31.01.2019

 

À propos de Mathilde

 

Sexe entre adultes et adolescents? Une pièce en débat

Dans “Mathilde”, mise en scène par Françoise Courvoisier à Carouge, un mari et une femme s’affrontent sur le droit au désir versus le choix de la raison. Un questionnement courageux en ces temps d’étau moral resserré.

Un adulte qui couche avec un adolescent. Le sujet est, ces temps, particulièrement brulant. Dans “Mathilde” à découvrir à Genève au Théâtre des Amis, une écrivaine retrouve son mari après avoir été condamnée à 3 mois de prison à la suite d’une liaison avec un mineur. Dans cette relation, il n’était pas question d’amour, précise Véronique Olmi, l’auteure de cette pièce écrite en 2001, mais de désir et de plaisir. Une précision qui ajoute encore à la provocation. Françoise Courvoisier fait un choix courageux en montant ce texte aujourd’hui, alors que l’étau moral se resserre sérieusement, sinon dangereusement. (…)

Un acte illégal, point
“Le détournement de mineurs est un acte illégal, ce qui en a découlé est pure logique”, assène Pierre. “Mais puisque le désir n’est pas logique, comment peut-on logiquement enfermer quelqu’un pour son désir?”, questionne Mathilde qui résume ironique: “Chacun doit rester avec son double, sa moitié: vieillir ensemble et finir par se ressembler, confondre le mari et la femme avec le frère et la soeur… C’est plus sain?” “C’est dans l’ordre des choses”, répond le mari. “Je ne suis pas ordonnée”, conclut l’épouse rebelle. Ces extraits de ping-pong verbal que se livre le couple durant une nuit, raconte bien leur position antagonique. D’un côté, Pierre, gynécologue respectable et respecté jusqu’au scandale, prône le contrôle des pulsions par la raison et la vie tranquille, faite de petites attentions. De l’autre côté, Mathilde a soif de sensations, d’imprévus et de désir sans entrave. Elle dit: “La tendresse, c’est ce qu’on donne quand il n’y a plus rien et moi je veux tout.” Echange intéressant qui pose la question du poids de la responsabilité et des carcans parfois étroits qui sont garants de la stabilité de la collectivité.

L’individu face à la société
Un autre sujet divise le couple: Mathilde va-t-elle écrire le récit de cette transgression? Elle assure que non, lui pense que oui, car lance Pierre, “tu fais du style avec la douleur du monde”. Là, c’est la position de l’écrivain miroir qui est questionnée. L’écrivain qui, souvent, vit pour écrire ou en tout cas écrit ce qu’il vit… Véronique Olmi est brillante dans cette manière de tourner autour de ces sujets complexes qui opposent aspirations personnelles et impératifs de société.
Face à face, donc, au Théâtre des Amis, Françoise Courvoisier et Christian Gregori. Le comédien genevois, une tronche et une allure, est un habitué de ces personnages cassés et désenchantés. Il prête à son Pierre une humanité plus blessée que bornée, même si le chagrin et l’orgueil le poussent parfois à des pics de mauvaise foi. On est émus de cette incompréhension de la situation, on le suit dans ses positions. Françoise Courvoisier, qui – incroyable! – continue à surprendre avec sa fraîcheur de jeune fille, son corps un peu bancal et ses élans juvéniles. C’est charmant, d’autant que Mathilde est décrite comme une femme-enfant toujours prête à s’envoler. (…)
MARIE-PIERRE GENECAND
11.05.2018

 

LE PROGRAMME.CH

 

À propos de Est-ce que les fous jouent-ils?

 

Une demi-saison de folie

Les Amis musiquethéâtre ont lancé leur (demi-)saison. Une douzaine de propositions sont au programme, dont deux créations théâtrales. A voir jusqu’au 20 octobre, Est-ce que les fous jouent-ils? permet de découvrir et de redécouvrir Michel Viala, disparu en 2013. Incarnation genevoise du poète-anarchiste, le personnage est surtout un auteur très apprécié, que la directrice Françoise Courvoisier avait déjà programmé plusieurs fois, il y a quelques années au Poche. Ce n’est pas sans émotion qu’elle a invité Philippe Lüscher à mettre en scène une «histoire de fous» en guise de porte d’entrée pour les univers de Michel Viala. Autre création à la fin de l’automne, Le Corps infini, de René Zahnd, du 27 novembre au 15 décembre. Ce texte mettra en place le télescopage d’un conflit humain majeur et d’une crise de couple, dans le décor propre à l’humour grinçant d’une chambre d’hôpital.

Pour en savoir plus, il faudra se déplacer aux Amis musiquethéâtre de Carouge. Et pour commencer, se laisser gagner par l’enthousiasme de Françoise Courvoisier.

Michel Viala, disparu en 2013, a laissé une empreinte importante à Genève. Dans votre cas, comment l’avez-vous découvert?
Je le voyais déjà lorsque j’étais jeune comédienne. Mais ce n’est que lorsque j’ai programmé ses pièces au Poche que j’ai appris à le connaître. Les gens l’adoraient, il avait un charisme extraordinaire qui touchait toutes les couches sociales, c’était un vrai bonheur. Je ne sais pas trop comment le dire autrement: les gens l’aimaient. Il était connu comme le loup blanc à Genève, un peu à l’instar de sa consoeur Grisélidis Réal, également peintre et écrivaine.
Son alcoolisme, pleinement assumé, fait qu’il n’a pas pu être comédien très longtemps, mais quand on le revoit dans un film, il est toujours très juste.

Quel regard portez-vous sur son écriture?
De l’homme comme de l’artiste se dégage une puissant sentiment de liberté, il était libre dans l’instant présent, dans toutes circonstances. Et on retrouve toujours cette immédiateté dans ses pièces, qu’il fasse parler des fous ou des gens ordinaires. Il y a énormément de fantaisie. Et en même temps, tout est réel, tout est extraordinaire mais possible.

Son histoire est-elle essentiellement genevoise?
Il était fier que ses pièces soient montées jusqu’en Allemagne et en Russie. Mais c’est ici que son travail est le plus connu. François Rochaix l’a régulièrement monté au Théâtre de Carouge. J’ai en quelque sorte pris le relais au cours de mes années à la tête du Poche. Je considère ses pièces comme des porte-bonheur. Les comédiens les empoignent, c’est souvent drôle, mais il s’en dégage en même temps une grande mélancolie. Il disait avec générosité et humour la petitesse humaine, il aimait raconter les gens qui ont une vie difficile.

Pourquoi avoir choisi Est-ce que les fous jouent-ils?
Je l’ai proposée à Philippe Lüscher parce qu’elle n’avait pas été monté depuis Mathusalem. Il m’a tout de suite dit qu’il l’adorait. Il a une grande admiration de longue date pour Viala. Il avait brillamment monté Vacances au Poche. Cela s’est fait aussi simplement que ça… Encore que pour moi, ce texte a l’avantage de placer sept acteurs dans un même lieu. Je n’ai pas besoin de cacher que Les Amis musiquethéâtre ont peu de moyens. Et je préfère que l’argent parte pour les comédiens plutôt que, disons, pour les décors. Est-ce que les fous jouent-ils?, c’est aussi sept beaux rôles pour sept artistes chevronnés.

En 2019, vous proposez une demi-douzaine de spectacles, dont une deuxième création, Le Corps infini, de René Zahnd, que vous mettrez vous-même en scène.
Je connais René Zahnd depuis qu’il a travaillé à Vidy. Il m’avait présenté ce texte que je voulais déjà programmer lors de ma dernière année au Poche, mais j’avais eu les yeux plus grands que le ventre, et il a eu la gentillesse de m’attendre trois ans! J’aime beaucoup son écriture, qui a la particularité d’être à l’opposé de celle de Viala. Il est dans une dimension plus «littéraire», voire à certains moments, poétique. En même temps la situation est d’une telle force, qu’on entre sans problème dans les tensions des personnages.

Comme Est-ce que les fous jouent-ils, Le Corps infini est un huis-clos. Mais à l’asile d’aliénés, René Zahnd «préfère» l’hôpital.
Nous avons donc une journaliste, qui est hospitalisée après avoir été gravement blessée au cours d’un reportage sur une guerre civile. Son mari, une amie et un ami sont à son chevet. Les quatre sont très proches, complices depuis très longtemps. Et se superposent là, les interrogations que peuvent susciter un conflit majeur et une crise de couple. Zahnd a beaucoup d’humour, et on peut retrouver la violence et le sarcasme d’une Yasmina Reza, sauf que l’action ne se déroule pas dans un intérieur bourgeois, mais dans l’inconfort total d’une chambre d’hôpital. Je n’ai jamais vu ça au théâtre. La situation laisse la place à des conflits domestiques violents tout comme à des pulsions de vie et de tendresse.

Dans les Amis musiquethéâtre, il y a musique.
Nous avons un très joli programme de Matinées Classiques et de Nocturnes Jazz. Mais je suis aussi très fière de Mysoginie à part.Nous avons connu un énorme succès avec ce spectacle de chansons de Brassens, créé l’année dernière, qui a été repris avec bonheur à Sion et à Yverdon pour quelques représentations, et que nous allons rejouer en novembre prochain aux Amis.

VINCENT BORCARD
08.10.2019 

 

À propos de Probablement les Bahamas

 

Les dessous flous d’un bonheur tout simple 

Un couple de retraité se raconte à un ami. Tout va bien. Bon évidemment, il y a toujours des proches qui ont des soucis. Un cambriolage, un chien tué, la fausse couche de la belle-fille… Insensiblement, un autre «tout va bien» se dévoile. Mais pas vraiment, pas clairement, et sans rien céder au plaisir de faire bonne impression. C’est à ce vertige que convient l’auteur Martin Crimp, le metteur en scène Claude Vuillemin et les comédiennes et comédiens de Probablement Les Bahamas.

Autour d’une table, Claude Vuillemin et la comédienne Anne Durand acceptent de revenir sur l’étrange étrangeté qui entoure Milly et Fred, leur famille, leur jeune fille au pair, et même ce très discret ami auquel ils se confient. Une embrouillamini à découvrir en clair aux AMIS musiquethéâtre de Carouge, jusqu’au 17 mars 2019.

Le spectacle Probablement les Bahamas nous amène-t-il à nous intéresser à l’envers de la respectabilité ordinaire?
(Claude Vuillemin) Sans doute, mais Milly et Franck ont aussi plus profondément envie de donner du sens à leur vie. Elle devrait être simple mais ils constatent qu’elle est compliquée, ce qui crée de l’angoisse – ce qu’ils essaient de cacher. Quel masque doivent-ils adopter pour que les autres les supportent, et déjà pour que eux-mêmes se supportent? Ils fabriquent cela constamment, cela les amène à dire blanc, puis noir peu après avec la même détermination.

(Anne Durand) C’est un vieux couple qui se raconte à une connaissance, à un ami. Ils veulent faire bonne figure, se valoriser, donner l’impression qu’ils ont trouvé le bonheur. C’est très important de donner l’impression qu’on a réussi sa vie, c’est comme l’histoire de la Rolex qu’on a ou qu’on a pas à cinquante ans! Alors ils parlent, et, sous les yeux des spectateurs, tout se craquèle, sans qu’ils ne cessent d’essayer de faire bonne figure.

Ils veulent donner l’image d’une vie tranquille à la campagne. Mais ne peuvent manquer d’évoquer des cambriolages, des drames familiaux, des actes de violence. Et même un fils qui a fait de bonnes affaires en Afrique du Sud…
(Claude Vuillemin) Oui, le texte a été écrit à la fin des années 80, alors que l’Apartheid est encore en place. Et Milly évoque une maison et un grand terrain entouré de barbelés!

(Anne Durand) Les éléments politiques sont intéressants. Mais ils n’offrent, pas plus que les autres, de clés définitives. Cette absence de réponses, le fait que tout reste toujours ouvert est d’ailleurs une des qualités majeures de ce texte – c’est assez beau. Typiquement, quand on commence à travailler on se dit qu’en étant préparé et attentif,  on comprendra tout à la seconde lecture. Mais ce n’est pas le cas! Bien sûr, on constate encore davantage que tel personnage est peu recommandable, qu’il s’est passé quelque chose de violent. Mais on ne sait pas exactement jusqu’où cela a été.

Donc, on nous cache tout!
(Claude Vuillemin) Dans notre travail de préparation, nous avons pourtant mené l’enquête! Ce couple est-il à l’aise financièrement, ou plus tellement? Ils disent qu’ils ont quitté la ville à cause du bruit des avions, mais est-ce vraiment pour cela? Et ces amis, étaient-ils à Ténérife, à Miami, ou au Bahamas? Rien, aucune certitude, même pour les détails! Il n’y a jamais de solutions, cela peut induire un peu de frustration. Mais ce n’est certainement pas à nous, metteur en scène et comédiens de donner des solutions. Il ne faut pas aller contre l’auteur et assumer au contraire cette voie déroutante et déstabilisante, qui fait que l’on a jamais de vérité. C’est au public de faire selon sa perception. Mais à quoi faut-il croire lorsque la réalité est fuyante, à quoi faut-il se rattraper, comment fabrique-t-on, alors, notre propre réalité?

Les violences qui sont évoquées par les deux personnages, parfois frontalement, parfois de biais, apportent-elles une touche de fantastique?
(Claude Vuillemin) Ce n’est pas mon impression, je trouve cela plutôt calme en comparaison avec ce que je lis chaque jour dans le journal: jeunes qui se battent avec des couteaux, agressions dans un train, à la sortie d’une boîte de nuit. Non, le texte est en dessous de la réalité.

Est-ce que les lecteurs de l’auteur Martin Crimp vont se retrouver en terrain connu?
(Claude Vuillemin) On retrouve une énigme qu’on va essayer de percer. Le doute, l’incertitude sont très présents dans plusieurs de ses premiers textes, je pense notamment à La campagne.

Les deux personnages qui s’enferrent dans leurs explications appellent-t-ils à la comédie, à la farce?
(Claude Vuillemin) Il y a certainement de l’humour, mais je parlerais plutôt de situations douloureusement risibles. Nous n’avons nullement pour objectif d’accabler ou de moquer Milly et Franck. Dans notre travail après nous être comporté en enquêteurs pour essayer de comprendre, nous sommes devenus des avocats, pour défendre les deux protagonistes. Si il y  a quelque chose de très anglais dans ce texte ou chez Crimp, c’est une forme de retenue, qu’on retrouve aussi chez Pinter: les personnages peuvent parler constamment sans faire d’éclats, sans que jamais une porte ne claque. Tout se passe à fleurets mouchetés.

(Anne Durand) Le drame se dévoile insensiblement. Les deux personnages évoquent d’abord quelques soucis, comme si ils s’agissait de petites fausses notes. Puis il y a un crescendo extrêmement maîtrisé, et un retour au calme.

Ils racontent tout cela à un mystérieux personnage. Un ami qui ne dit mot, et qu’ils vouvoient. Comment le considérez-vous?
(Claude Vuillemin) Il est tentant de dire que c’est la mort. Car finalement, les deux protagonistes n’attendent plus vraiment personne d’autre! Mais comme l’auteur n’indique rien, cela devient un révélateur, un médiateur, qui les amène à se raconter, à s’expliquer, à se dévoiler.
VINCENT BORCARD
01.03.2019

 

À propos du Blues de la Bourgeoise

 

Françoise Courvoisier chante le blues…

A la tête du Théâtre de Poche pendant douze ans, la comédienne et metteure en scène Françoise Courvoisier interprète ses propres textes depuis une petite dizaine d’années, accompagnée à la guitare par Narciso Saúl. Créé pour une seule représentation au Poche de Genève en 2010, le spectacle musical Le Blues de la bourgeoise s’est joué avec succès au Théâtre Le Public à Bruxelles en décembre 2012, puis à La Manufacture des Abbesses à Paris au printemps 2016, et se donnera pour cinq représentations aux AMIS musiquethéâtre de Carouge du 31 octobre au 4 novembre 2018. 

Entre théâtre et musique, Françoise Courvoisier, qui a repris les rênes du Théâtre des Amis en mars dernier, déroule un tour de chant fait d’histoires chargées de tendresse, de désir, et d’une bonne dose d’autodérision.

Quelle place tient la musique dans votre vie?
Mon rapport à la musique remonte à la prime enfance puisque mon père était violoncelliste et que la musique faisait partie de mon quotidien. Nous jouions tous d’un instrument dans la famille, pour moi c’était le piano. Notre grand-mère nous a donné nos premiers cours puis nous sommes tous allés au conservatoire, cela allait de soi. La musique est passée au second plan quand j’ai commencé à faire du théâtre professionnellement.

Vous écrivez des chansons pour d’autres depuis des années, qu’est-ce qui vous a amenée à vouloir les chanter en 2010?
J’ai commencé à écrire des chansons au hasard des rencontres, et lorsque j’ai débuté la mise en scène, j’ai créé plusieurs spectacles musicaux. Notamment pour Bérangère Mastrangelo et pour Philippe Mathey. J’ai eu envie de les interpréter lorsque j’ai réalisé qu’elles avaient des résonances profondes en moi. Le Blues de la bourgeoise contient des chansons que j’ai écrites au fil de ces vingt dernières années. Les plus récentes datent d’il y a deux ans. Elles ont été mises en musique par le guitariste argentin Narciso Saúl, mon partenaire sur scène, qui signe également les arrangements des chansons précédentes composées par Pierre Vincent, Arthur Besson, Lee Maddeford et aussi Marco Sierro.

Qui est cette bourgeoise? Dans quel univers nous emmène-t-elle?
Le Blues de la bourgeoise, c’est le titre d’une chanson, la première que j’ai eu envie de chanter, c’est peut-être pour ça que je l’ai choisie comme intitulé de ce tour de chant. Cette bourgeoise, c’est vous, c’est moi. Car même si on se veut bohème ou artiste, comparés à des gens du voyage ou des migrants par exemple, on est forcé de se rendre à l’évidence: nous sommes des bourgeois!Mais le spectacle ne parle pas que de ça, chaque chanson vous emmène vers un ailleurs. Je raconte des histoires intimes qui tournent autour des questions existentielles que nous partageons, comme l’amour, la mort ou le désir. Et pour moi la mort et le désir sont extrêmement rapprochés, puisque tout désir qui touche à sa fin nous entraîne inévitablement vers une sorte de “petite mort”.

Vos chansons sont-elles tout ou partie autobiographiques?
Cette femme n’est pas un personnage, je suis une porteuse de chansons. Ces histoires sont fictives, mais on peut dire qu’il y a une part autobiographique effectivement. Le déclic d’une chanson, c’est aussi parfois une histoire qui arrive à quelqu’un d’autre et que vous traduisez en chanson parce qu’elle vous touche. Une chanson, c’est un moment de vie.

Au cœur du spectacle, un texte d’Henri Michaux intitulé Clown.
J’adore ce texte depuis toujours, il me donne de l’énergie. J’avais abordé l’auteur il y a quelques années et ce texte me reste comme une ancre. Il dit qu’à partir du moment où on assume le fait de n’être qu’un grain de poussière, on se sent libre et tous les possibles sont là. Ce texte exhorte à ne pas avoir peur du regard des autres, du jugement. Et l’autodérision, symbolisée par le clown qui veut bien faire rire de lui-même, est la forme d’humour qui amène la légèreté que je recherche.
J’essaie de ne pas me prendre au sérieux parce la prétention m’exaspère. Je ne parle pas de l’ambition, qui pousse à se dépasser, mais de l’autosuffisance.

Un spectacle empreint de nostalgie également quand on lit dans la chanson Rouge vermillon aubergine: «Un jour on se dit que c’est fini. Que le dernier train est parti. Face au miroir on jauge les restes.»
Oui et non, parce que la chanson se poursuit ainsi: «Et puis voilà, qu’elle ou qu’il – car je le chante une fois pour les femmes et une fois pour les hommes – se rapplique la bouche en cœur et l’œil qui brille, un petit coup de rein et c’est reparti. C’est fou ce qu’elle est jolie la vie.» Vivre c’est des éternels recommencements aussi. Je connais des personnes qui sont tombées amoureuses à soixante-cinq ans. En somme, tant qu’on n’est pas mort, tous les espoirs sont permis!
ALEXANDRA BUDDE
26.10.2018

 

À propos de l’ouverture de LES AMIS, musiquethéâtre

 

A Carouge, musique et théâtre se conjuguent aux AMIS, Musiquethéâtre

Entre théâtre et musique, pourquoi choisir? Françoise Courvoisier lutte contre les étiquettes et propose une saison entre théâtre de texte, spectacles musicaux, soirées jazz et matinées classiques. A la tête du Théâtre de Poche pendant douze ans, Françoise Courvoisier a repris en mars dernier les rênes du Théâtre des Amis, fondé il y a une vingtaine d’années par Raoul Pastor. En ce début de saison, celle qui aime mélanger les genres comme les générations offrira notamment deux créations autour des grands noms de la chanson française: Vive la mariée! en septembre et Misogynie à part en décembre. 

Et si, pour des histoires de calendrier, la première partie de saison sera plus orientée vers les spectacles musicaux, le théâtre aura la part belle en seconde partie avec, entre autres, le jeune Antoine Courvoisier pour une comédie avec Charlotte Filou, Christian Grégori pour un solo de théâtre, Claude Vuillemin pour la mise en scène d’une pièce anglaise très caustique de Martin Crimp, ou encore José Lillo pour une adaptation de Mémoire de fille d’Annie Ernaux avec la comédienne Caroline Gasser dans le rôle-titre.

Parlez-nous de ce lieu magique dans lequel vous vous trouvez.
J’ai assisté aux débuts du Théâtre des Amis, alors qu’il se situait à l’étage d’un petit café, rue Ancienne à Carouge: le Café des Amis. Quelques années plus tard, Raoul Pastor déménageait Le Théâtre des Amis Place du Temple, là où il se situe encore aujourd’hui. Cette petite scène de 80 places permet un rapport d’intimité entre la scène et la salle, les acteurs et les spectateurs. Les gens adorent ça! Le Théâtre des Amis a très vite connu un grand succès, grâce aussi à la fougue et au talent de son directeur.

En le rebaptisant LES AMIS musiquethéâtre en mars dernier lorsque vous avez repris le flambeau, vous avez choisi de marquer le lien qui unit ces arts.
J’ai des affinités avec le théâtre mais aussi avec la chanson, la musique classique et le jazz. A l’image de la saison dernière où un concert entièrement consacré à Prokofiev côtoyait le spectacle Complètement Dutronc, je souhaite décliner musique et théâtre sous toutes leurs formes.

En quelque sorte, vous retournez à vos premières amours, quand en 1997 vous fondiez le Théâtre La Grenade, dans l’ancienne SIP de Plainpalais.
C’est vrai que je retrouve aux Amis un peu de cet esprit de liberté et d’ouverture qui soufflait à l’époque dans les murs de La Grenade, qui a su inspirer de nombreux metteurs en scène. A la différence de La Grenade, le Théâtre des Amis a déjà vingt ans d’âge! Ce qui signifie un public fidèle, des moyens techniques professionnels, etc. Alors que La Grenade était un espace vide et vétuste… Mais je crois que c’est en faisant ce qui nous plait le plus, en programmant des spectacles qu’on peut défendre, qu’on arrive le mieux à convaincre le public.

Plusieurs spectacles musicaux composent ce début de saison, à commencer par Vive la mariée! qui réunira dès le 12 septembre Christine Vouilloz, Felipe Castro, Floryane Hornung (voix) et Moncef Genoud (piano).le 12 septembre Christine Vouilloz, Felipe Castro, Floryane Hornung (voix) et Moncef Genoud (piano).
Depuis Complètement Dutronc présenté en fin de saison dernière, j’avais vraiment envie de mettre en avant Christine Vouilloz, une superbe comédienne qui chante merveilleusement bien. Sa voix et sa personnalité ont été ma stimulation de base pour créer le synopsis du spectacle qui réunit les chansons de différents compositeurs-interprètes autour d’un mariage à la campagne. Lors d’une noce, les mariés se retirent parfois au fond du jardin pour se dire leur amour, tandis que d’autres invités se sentent un peu seuls, parce qu’ils viennent d’être quittés, ou parce que les enfants sont partis, ou encore parce que ce bonheur naissant donne un coup de vieux à leur propre couple… L’art de procurer une émotion à travers une chanson reste très mystérieux, et ne repose pas toujours sur une équation définie, or ça me plaisait de confronter dans ce spectacle des chansons dites à textes, de grands paroliers respectés comme Michel Jonasz, à des chansons beaucoup plus populaires comme celles par exemple de Joe Dassin. Dans la jeune génération, on a retenu Stromae, dont le texte est elliptique mais néanmoins profond.

Pensez-vous que les talents vocaux des comédiens sont sous-exploités en général?
J’aime beaucoup les «comédiens qui chantent». Ils s’attachent surtout à incarner les mots, penser ce qu’ils chantent… Ce n’est pas mieux que les «vrais chanteurs», c’est autre chose. Cela a du charme en tous cas.

Début octobre, vous recevrez le grand acteur Maurice Aufair pour un projet théâtral unique autour des textes de Georges Haldas, Prix Édouard-Rod 2004 pour l’ensemble de son œuvre.
Maurice Aufair a bien connu Georges Haldas – et le Théâtre des Amis également par ailleurs –, alors quand il m’a proposé ce projet, j’ai trouvé l’idée géniale. D’autant qu’on a rarement eu le plaisir d’apprécier les mots de Georges Haldas sur scène. Dans Haldas Aufair, le comédien reprendra les plus savoureux récits de l’auteur, tirés notamment de Boulevard des Philosophes et Chronique de la Rue Saint-Ours.

Et pour les mélomanes, la saison réserve dix nocturnes jazz et dix matinées classiques où le public découvrira de nombreux artistes régionaux.
J’ai surtout choisi de programmer des artistes qui ont du talent, jeunes et moins jeunes, connus et moins connus, dans un cadre qui est celui de la scénographie de la pièce en cours. J’aime détourner les formes artistiques et cela ajoute une dimension qui facilite l’appréhension que peut avoir un public qui n’a pas l’habitude de se rendre à des concerts classiques. Ainsi la première «matinée classique» recevra cet immense concertiste qu’est Jean-François Antonioli pour Les dernières œuvres pour piano de Chopin – les plus sublimes! – le dimanche 23 septembre à 11h00, sur l’herbe tendre du décor de Vive la mariée! La nocturne jazz du 11 octobre verra se produire Nicolas Lambert (chant et guitare) et Emilie Bugnion (saxophone ténor et contrebasse) dans la scénographie de Haldas Aufair. Et pour mieux confronter les arts et prolonger les soirées, les concerts de jazz auront lieu après le spectacle, le jeudi à 21h00. Pour la première nocturne du jeudi 20 septembre, nous entendrons Moncef Genoud et Ernie Odoom.

Un mot sur la formule originale d’abonnement que vous proposez?
C’est une formule souple que j’ai lancée spontanément dès le début de mon mandat le 21 mars, pour répondre rapidement aux demandes d’abonnement. C’est un Pass, accessible à tout moment de la saison et valable pour dix événements pendant toute une année, qu’il s’agisse de musique ou de théâtre.
ALEXANDRA BUDDE
29.08.2018

 

LE CAROUGEOIS

 

À propos des Brèves carougeoises

 

Esprit canaille aux Amis musiquethéâtre

Cette année, à l’occasion du Printemps carougeois, nous avons eu la chance de pouvoir assister en direct à une représentation théâtrale de nos amis carougeois bien connus.
Sur le modèle des Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio et Jean-Michel Ribes, la directrice du Théâtre Les Amis musiquethéâtre, Françoise Courvoisier, a créé et mis en scène des textes inspirés par l’esprit des brèves de comptoir, adaptés pour nos personnalités carougeoises.
Et l’on doit dire que le résultat est très réussi.

Tout d’abord au niveau de la mise en scène, ce qui est très original, c’est que le public présent est placé comme s’il était dans un bistrot. On assiste en direct à des dialogues entre des personnages touchants et sympathiques. Chaque personnage haut en couleur a sa tonalité propre et la directrice du Théâtre a bien tenu compte des caractéristiques et personnalités de chacun.
Par exemple, Léon, l’intellectuel qui se lamente de l’imbécilité environnante et qui lit du Baudelaire et créé des poèmes, entre deux sentences: “Tu l’as dit bouffi(e)!” en s’adressant à Carole, “Moi j’vous l’dit!”
Charles-Edouard s’adresse à Carole: “Il faut pas vous inquiéter Carole, dès qu’on est pas grossier ici, on passe pour des bégueules”.
Charles-Edouard, le raffiné séducteur qui susurre des mots doux à sa bien-aimée, une belle femme bourgeoise, et qui veut racheter le bistrot pour en faire un parking, rajoute: “Ouais, c’est bien vrai tout ça!”.
Dany, le tenancier du bistrot, réunit les clients dans la bonne humeur et crée le liant avec de petites phrases bien choisies: “Un iceberg celui-là, trois fois plus con que ce qu’on voit!”.
Titeuf, le fils de Léon, la mascotte du groupe, fait un très joli tour de magie style bistrot.
Plusieurs autres femmes et hommes bien sympathiques, et il est difficile de tous les citer.
Parce que la mémoire nous fait toujours défaut et “décidément le cerveau c’est plus du gras que du muscle!”.
De la danse, de la valse, de la musique, du chant, de la magie, de l’humour de bistrot, bref, ou plutôt brève, on ressort ravis!
Succès au rendez-vous, le Théâtre a joué à guichets fermés pendant les huit représentations.

CÉCILE BARRO
20.06.2019 

 

À propos des Amis Musiquethéâtre

 

Les Amis musiquethéâtre est sauvé!

Le Conseil municipal dans sa majorité a voté pour sauver ce petit Théâtre de la place du Temple. Il fallait un montant de 300’000.- francs pour que sa directrice puisse continuer à exploiter ce bijou culturel qui existe depuis vingt-sept ans. La subvention, qui était à l’époque de 950’000.- francs, avait été supprimée lors du départ de son ancien directeur. C’était une décision, à juste titre, du Conseil administratif de suspendre la subvention jusqu’à la reprise par une nouvelle direction.
Entre-temps les finances de la Commune se sont détériorées. Mme Françoise Courvoisier a dû faire appel à des mécènes. Elle a tenu à bout de bras pendant pratiquement deux ans avec, malgré tout, une excellente programmation alternant chant, musique classique et bien entendu comédie. Mais elle arrivait financièrement au bout de l’aventure et elle envisageait de jeter l’éponge fin septembre.
Notre journal a sonné l’alarme et certains Conseillers municipaux ont été alertés dont Loulou Morisod qui fit, lors d’un dernier Conseil, une intervention fort remarquée ce qui déclencha un renvoi en commission puis a débouché sur un projet de délibération venant, chose rare, du Conseil municipal. En effet c’est plutôt du ressort du Conseil administratif de déposer des projets de délibérations. Mais apparemment avec un budget refusé par la majorité du Conseil municipal et ayant prévu d’énormes dépenses comme par exemple la piscine qui risque de coûter une fortune (quelque 60’000’000.- de francs), la rénovation du Musée (3’500’000.- francs) plus quelques bricoles comme le revêtement antibruit des routes de la Commune et d’autre bagatelles de plusieurs milliers voire millions de francs. Il me semble que les autorités municipales visent un peu haut. De plus une administration digne d’une ville de cinquante mille habitants pèse lourd dans le budget de fonctionnement. Nous avons fait le tour des dépenses actuelles et futures.
Bref pour dire que la subvention à ce Théâtre est une goutte de rosée dans une rivière. La gauche et les Verts avec une partie des PDC ont accepté la délibération, le MCG a voté contre. Quant au PLR les Conseillers municipaux ont voté contre sauf une abstention. Non pas que les Conseillers PLR étaient contre cet établissement mais ils voulaient des garanties. Deux amendements ont été déposés. L’un demandant des économies supplémentaires pour trouver les 300’000 francs alloués au Théâtre et l’autre que cette somme reste unique jusqu’à ce que le budget, qui rappelons n’est toujours pas accepté, soit équilibré. Ces deux amendements ont été refusés par la majorité du CM d’où le refus du PLR d’accepter cette subvention sans contrepartie.
La saison du Théâtre est sauvée et les manoeuvres politiques, finalement, sont de moindre importance.

ALAIN SARACCHI 
15.05.2019 

 

À propos des Amis Musiquethéâtre

Les Amis

La nouvelle directrice, pour le début de cette saison, s’adresse à son public par ces quelques propos:

Le Théâtre des Amis, fondé par Raoul Pastor il y a une vingtaine d’années, est devenu au fil des ans un rendez-vous théâtral incontournable pour un public nombreux, notamment grâce à la qualité artistique de ses productions.
Je me réjouis de poursuivre son oeuvre, avec pour objectif d’ouvrir cette petite scène carougeoise , à l’acoustique remarquable, tant à la musique qu’au théâtre.
Avant de diriger pendant douze ans Le Poche Genève, j’avais eu loisir de m’atteler à divers projets musicaux, qui ont développé en moi des affinités avec la chanson, la comédie musicale et les concerts classiques. Je me réjouis donc de partager avec vous ce programme particulièrement varié, faisant la part belle aux comédiens et aux musiciens.
D’ici à juin 2019, pas moins d’une trentaine d’artistes de tous les horizons et de toutes les générations se partageront l’affiche.
Voici déjà le calendrier des premiers spectacles prévus jusqu’à Noël.
Pour ceux qui le souhaitent, Le Pass musique-théâtre est désormais proposé à la place du traditionnel abonnement, donnant accès à dis spectacles ou concerts au choix, à un prix “très amical”, valable une année à partir du premier spectacle visionné.
Vous pouvez acquérir votre Pass musique-théâtre à n’importe quel moment de la saison, par téléphone ou par courriel. Je me permets également d’ajouter que plus que jamais, Les Amis ont besoin d’amis, nos moyens financiers étant actuellement très modestes. Si vous souhaitez apporter un soutien particulier en faveur de la réouverture de ce lieu mythique de Carouge, vous pouvez commander Le Pass Amis, qui vous donnera accès à un nombre illimité de représentations ou de concerts pendant une année entière.
C’est dans la joie de ces beau défi à relever que je vous adresse mes plus amicaux messages, en espérant que ce programme, riche en nouvelles créations, saura vous réjouir autant qu’il nous réjouit.

 

Les Amis vous proposent:
Le Blues de la Bourgeoise
Du 31 octobre au 4 novembre
Spectacle musical avec Françoise Courvoisier (voix) et Narciso Saul (guitare). Textes de Françoise Courvoisier, musiques d’Arthur Besson, Pierre Vincent, Lee Maddeford, Marco Sierro et Narciso Saùl
Un moment d’intimité partagée, des mystères de l’amour à la condition humaine: le rapport à la mort, au désir… mais toujours, selon la marque de fabrique de Françoise Courvoisier, avec un humour et un sens de l’autodérision salvateurs.
Au coeur du spectacle, un texte d’Henri Michaux (Clown) nous rappelle à quel point nous sommes à la fois tout et rien. Le Blues de la Bourgeoise est un tour de chant qui déborde de tendresse et d’humanité.
Créé pour une seule représentation au Poche Genève en 2010, ce spectacle de “chansons originales” s’est joué avec succès au théâtre Le Public à Bruxelles en décembre 2012, puis à la Manufacture des Abbesses à Paris au printemps 2016.
Depuis une petite dizaine d’années, la comédienne et metteure en scène Françoise Courvoisier interprète ses propres textes, accompagnée à la guitare par Narciso Saul.

 

Misogynie à part
Du 28 novembre au 23 décembre
Dire et chanter Brassens…
Avec Roland Vuilloz, Philippe Mathey, François Nadin (voix) et Narciso Saùl (guitare). Conception et mise en scène de Françoise Courvoisier, lumière de Rinaldo Del Boca
Les chansons de Brassens sont des pépites d’or. Ses textes comme ses mélodies demeurent un bonheur d’intelligence et de simplicité. Il chante ce que l’on n’ose pas dire avec des mots toujours justes. Il célèbre l’insoumission et la liberté de pensée, la beauté des femmes (avec parfois une certaine paillardise) et dénonce avec un malin plaisir l’hypocrisie, l’injustice, la lâcheté…
Trois “comédiens qui chantent”, bien connus des scènes romandes, se partageront le nectar d’un répertoire d’une richesse inépuisable.
Misogyne, Brassens? Oh! que oui et oh! que non! C’est bien la complexité de son rapport aux femmes, à la société et au monde qui nous intéresse. Chacune de ses chansons est le fruit d’une nécessité de dire. Dire l’amour de la femme comme son revers (Saturne, mais aussi Misogynie à part), la tendresse pour son semblable comme sa colère et son mépris (L’Auvergnat, mais aussi Le Temps ne fait rien à l’affaire)…
Horaires: mercredi, jeudi et samedi à 19h; vendredi à 21h et dimanche à 17h

Les matinées classiques
Le dimanche matin à 11h
une heure de musique suivie d’un apéro gourmand

 

Concert Ysaÿe
4 novembre
Six sonates pour violon seul, interprétées par Martin Reimann

 

Concert Ravel
25 novembre
Le trio pour violon, violoncelle et piano et deux sonates interprétés par François Sochard, Florestan Darbellay et Nicolas Le Roy.

 

Concert Bach
23 décembre
Trois suites de Bach pour violoncelle, interprétées par Florestan Darbellay.
CLAUDE MOREX
19.10.2018