3 – 15 MARS 2026
re-création

 

Horaires
Mardi, vendredi 20h • Mercredi, jeudi, samedi 19h • Dimanche 17h
Relâche lundi / Durée : 1h15

 

Texte, Jean-Luc Lagarce. D’après la mise en scène de Véronique Ros de la Grange. Reprise, Ninon Fachard 
Avec Jacques Michel et Caroline Gasser. Lumière, Rinaldo Del Boca. Musique, Alain Lamarche
Maquillage, Natalia Lepianka. Photo, Rebecca Bowring

Production Les Amis – Le Chariot

EN DEUX MOTS…

Depuis longtemps Jacques Michel rêvait de reprendre pour ses quatre-vingts ans Music-hall de Jean-Luc Lagarce. Le récent décès de sa compagne Véronique Ros de la Grange, qui l’avait mis en scène lors de la création en 2013 au Théâtre de Poche alors dirigé par Françoise Courvoisier, a fait de ce projet de re-création une évidence. Caroline Gasser y jouera le rôle de la souffleuse, comme si l’âme de la compagne absente passait dans le théâtre. Devant un grand rideau rouge à paillettes, Jacques Michel incarne « La Fille », une star du music-hall sur le déclin, qui soliloque, assise sur son tabouret. Elle raconte les souvenirs de sa gloire passée, de ses échecs aussi. Et elle chante (en play-back) Joséphine Baker : « Ne laisse pas mourir nos rêves, de temps en temps rappelle toi » C’est une spirale de réminiscences, un dernier chant avant le naufrage final. « Une plongée intérieure qui ramène à la surface le reste de vivant, pour échapper à l’oubli, au silence, à la mort » nous dit Jacques Michel, comédien charismatique, dernièrement éblouissant au Théâtre de Carouge dans le rôle du Capitaine Haddock.

L’interprétation d’un rôle féminin par un homme ne fait pas verser le spectacle dans le ridicule mais le rend au contraire troublant et fascinant, car c’est en se décalant du réel que celui-ci peut nous apparaître encore plus… C’est en somme la fonction du théâtre.
Véronique Ros de la Grange, extrait d’un entretien de la RTS. 

LA PRESSE 

L’ACTEUR JACQUES MICHEL ENCHANTE EN JOSÉPHINE BAKER DU PAUVRE

Alexandre Demidoff, Le Temps
24 septembre 2013

Le comédien suisse touche dans «Music-hall» du Français Jean-Luc Lagarce au Poche à Genève. 

Une vie d’auteur ne fait pas un style, mais parfois quand même. Jean-Luc Lagarce a 20 ans en 1977, il ne pense qu’à une chose: écrire, et puis faire du théâtre. Avec quelques amis, il crée une troupe, La Roulotte, du côté de Besançon. La route est désormais tracée, avec la mort bientôt aux trousses, le sida qui l’emporte en 1995: il a 38 ans. Auparavant, il a écrit des pièces sombres pleines de belles phrases qui font monter les larmes aux yeux. Music-hall, à l’affiche du Poche à Genève, est l’un de ces textes imbibés de présence: tout Lagarce y est. Une chanteuse raconte le désert des salles de province, ces poignées de spectateurs qui s’y retrouvent comme des moineaux après la tempête: déplumés et vaguement absents. L’acteur Jacques Michel, la soixantaine, incarne une Joséphine Baker du pauvre, sous la direction de Véronique Ros de la Grange qui signe la mise en scène. Le spectacle a du charme et parfois même du chien: un mélange de mélancolie et de rouerie.

Sur un tabouret perchée, une lionne dévisage la salle. C’est Jacques Michel, mollets fins, talons hauts, paupières papillons, chevelure à la Jeanne d’Arc. Derrière lui, un rideau se gargarise de ses guimauves, pathétique attribut d’une soirée à courants d’air. C’est que «La Fille» de Music-hall est la rescapée d’un générique perdu. Elle fond sur son siège pour nous faire fondre, mime les gestes d’une ancienne sorcellerie, bras ouverts comme pour embrasser une foule en rut; elle s’inquiète de ces milles choses qui font le théâtre, les avantages du tabouret sur la chaise, les travées vides qui forment une mer sombre, l’odeur de la marée qui est peut-être celle de la mort.

Jacques Michel joue tout cela avec une emphase de douairière exilée, celle qui convient à la partition. Il est feu d’artifice, caressé par la voix de Joséphine Baker qui distille cette prière: «Ne me dis pas que tu m’adores, mais pense à moi de temps en temps…» Music-hall est une lettre à ceux qui s’en vont, les gloires anciennes de l’Alcazar, les amis que Lagarce voit mourir autour de lui, les camarades de La Roulotte qui jouent encore. «Trichons jusqu’au bout de la tricherie», dit Jacques Michel drapé dans un rideau comme dans une cape d’invincibilité. En 1993, Jean-Luc Lagarce très affaibli montait Le Malade imaginaire. Dans le texte du programme, il écrit: «Disparaître. Rester seul, avec juste, s’éloignant, de plus en plus lointaine, la voix de la sagesse qui tenterait de vous maintenir en vie, de vous parler en conscience.» Dans le Music-hall de Jacques Michel, il y a quelque chose de cet ordre-là: une sagesse pas tout à fait dupe.