24 – 29 MARS 2026
création
Horaires
Mardi, vendredi 20h • Mercredi, jeudi, samedi 19h • Dimanche 17h
Durée : 1h
Textes, Henri Michaux. Avec Françoise Courvoisier, Moncef Genoud (piano et compositions)
et Valentin Conus (sax). Lumière, Rinaldo Del Boca. Photos, Anouk Schneider
Production Les Amis – Le Chariot
EN DEUX MOTS…
Autrefois, quand la Terre était solide, je dansais, j’avais confiance.
À présent, comment serait-ce possible ?
On détache un grain de sable et toute la plage s’effondre…
Henri Michaux
Suite à un concert mémorable du pianiste Moncef Genoud et du saxophoniste Valentin Conus – ces deux grands musiciens de jazz avaient plongé les spectateurs des Amis dans l’extase – est née l’idée de mêler aux musiques sensuelles composées par Moncef ou empruntées à d’autres les poèmes d’Henri Michaux. Une performance n’excluant pas l’improvisation dont les deux jazzmen sont férus, d’autant plus que les textes du poète ouvrent tout grand les portes de l’imaginaire.
Après le succès des Fleurs du mal où elle partageait la scène avec la percussionniste Béatrice Graf, Françoise Courvoisier fera entendre, avec Henri Michaux, le souffle d’un autre magicien des mots qu’elle affectionne depuis plusieurs années. La souplesse sonore de Valentin Conus s’accorde merveilleusement avec le feeling exceptionnel de Moncef Genoud.
NOTES DE MISE EN SCÈNE
Françoise Courvoisier, 7 mars 2026
Je ne peux écrire qu’en parlant à haute voix. C’est pour moi une sorte d’incantation. Il faut que je puisse entendre ma pensée. Henri Michaux
Dire Michaux, c’est un peu « penser à voix haute », laisser libre cours aux images, sans jugement, sans réflexion préalable précise… Se laisser porter par le flux des sensations suscitées par les mots. En somme, donner chair aux mots avec le plus de liberté possible, bercée, conduite, coulée dans le rythme, leurs sonorités ; des mots très évocateurs malgré l’absence de logique apparente.
Michaux refuse de fixer quoi que ce soit, il veut du mouvement, il fait table rase sur les idées préconçues.
Je vous construirai une ville avec des loques, moi
Je vous construirai sans plan et sans ciment un édifice que vous ne détruirez pas (….)
Contre lequel votre ordre multimillénaire et votre géométrie tomberont en fadaises et galimatias et poussières de sable
Extrait de Contre, La nuit remue (1933)
Ce désir de mouvement, d’improvisation : (« Ne pas se relire, Messieurs les écrivains ! » dit-il aussi dans un autre poème) donne tout son sens à cette association d’une comédienne avec deux musiciens de jazz, férus d’improvisations.
L’homme n’est qu’une âme à qui il est arrivé un accident
L’écrivain poète Bernard Noël explique que Michaux divise la réalité en deux réalités distinctes : celle qui relève du « panorama autour de votre tête » et celle qui relève du « panorama dans votre tête ».
Le panorama autour de la tête, la réalité lui paraît déjà trop exploré et convenu, tout le monde semble le partager. C’est donc au deuxième « panorama » que semble se vouer l’auteur, panorama auquel son œuvre ramène sans cesse. Cette intériorité est le lieu du fantastique : c’est son imagination que Michaux donne à voir.
L’œuvre de Michaux, en constante exploration de l’intériorité de son auteur, tourne vite à la quête de soi, à la recherche du « je » qui anime ce corps conçu comme accident. « L’homme n’est qu’une âme à qui il est arrivé un accident »
Voir le texte, comme autant d’« ailes sans têtes, pures de tout corps »
« Jusqu’à l’année de sa mort, Michaux ne cesse de nourrir cette relation spécifique qui s’établit chez lui entre les deux acceptations du terme d’écriture, issues d’un même élan, d’un seul besoin de participer au monde et de s’en déprendre. La pensée, la voyance, qui émerge dans cette gestuelle de la main qu’on appelle écriture, se tourne autant vers la notation du poème que vers la découverte des images que charrient les mots, vers les signes peints ou dessinés qui libèrent du verbe. Meidosems, maître-livre, est à entendre ainsi : les lithographies sont indispensables si l’on veut… voir le texte, comme autant
d’« ailes sans têtes, pures de tout corps », détachées du verbal dans le ciel désormais solitaire de l’image. »
Reiner Michael Mason, ancien conservateur du Cabinet des estampes du Musée d’art et d’histoire à Genève