30 SEPTEMBRE – 19 OCTOBRE 2025

Horaires
Mardi, vendredi 20h • Mercredi, jeudi, samedi 19h • Dimanche 17h
Relâche lundi
Mise en scène, Françoise Courvoisier. Avec Sophie Broustal et Christian Gregori
Scénographie, Clément Schlemmer. Son, Nicolas Le Roy
EN DEUX MOTS…
Un couple au quotidien, un soir d’automne, aux alentours de vingt heures quinze. Ils finissent de dîner et attendent un camarade d’enfance qui doit venir prendre le café.
Le « Théâtre Intimiste » de Calaferte se fait le témoin impitoyable de notre vie privée. Dans L’Aquarium il ne dénonce pas, ne critique pas non plus, il se contente de constater ce que deviennent en général les rapports du couple au quotidien, après de nombreuses années de vie commune.
L’être autrefois aimé, adoré et admiré, fait à présent partie du décor. Le voici démystifié, prévisible au point qu’il ne puisse plus faire rêver son conjoint (et vice-versa). Privés des moteurs qui motivent (le désir, la surprise), l’homme et la femme se retrouvent les « nageoires atrophiées » à tourner en rond dans leur huis-clos comme des poissons rouges dans un aquarium.
Dès les premières répliques, on sent un art aiguisé de l’observation, d’où naît un comique sans volontarisme, émergeant tout naturellement de la vie telle qu’elle est, malicieusement restituée par l’auteur.
Une question revient, lancinante, comment ne pas se laisser abîmer par le quotidien, les habitudes ?
Louis Calaferte
Production Les Amis – Le Chariot
NOTES DE MISE EN SCÈNE
Françoise Courvoisier, juin 2025
Après avoir adapté et mis en scène déjà trois grands livres de Louis Calaferte, Requiem des innocents, Partage des vivants et Septentrion – des romans qui continuent à nous bousculer sept décennies après leur parution – je demeure extrêmement curieuse et admirative de cet auteur au parcours atypique, épris de liberté, et à l’œuvre littéraire aussi puissante que prolifique. Mes trois créations précédentes d’après son œuvre tendaient à mettre en lumière son écriture à la fois réaliste et lyrique. Aujourd’hui, je voudrais aborder son théâtre, constitué de 26 pièces divisées en deux volumes. L’Aquarium fait partie du premier volume, (Pièces intimistes). Dans son Théâtre intimiste, Calaferte développe un style à la fois simple et travaillé, des répliques courtes, des dialogues qui paraissent naturels, issus du quotidien. Mais dès les premières répliques, on sent un art aiguisé de l’observation, d’où nait un comique sans volontarisme, émergeant tout naturellement de la vie telle qu’elle est, malicieusement « croquée » par l’auteur. En effet, l’auteur raconte dans une interview que l’inspiration lui venait souvent lorsqu’il se mettait à dessiner.
Certains évoquent à propos du théâtre de Calaferte un « naturalisme avancé ». Je pencherai davantage pour un « naturalisme sélectif », poétique, voire musical. Comme chez Sarraute, il y a dans les échanges entre les protagonistes une rythmique bien précise, qui donne toute son importance aux silences et aux non-dits, permettant aux spectateurs d’imaginer la vaste toile de fond derrière les paroles laconiques et à première vue anodines des protagonistes. L’extrait suivant, tiré de la première scène de L’Aquarium, en est un parfait exemple :
La Femme
Tu as fini, j’enlève ton assiette ?
Geste machinal d’acquiescement du Mari qui se recule un peu sur sa chaise et se met à plier sa serviette. La Femme lui enlève la serviette des mains.
Laisse, elle est sale, je te la changerai demain.
Le Mari
Elle peut encore faire un jour…
La Femme
La mienne oui, pas la tienne.
Le Mari
Pourquoi, pas la mienne ?
La Femme
Parce que tu salis plus.
Le Mari, posant sa serviette sur la table
Une serviette, c’est fait pour s’en servir.
La Femme
Tu taches, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?…
Mes pièces contiennent un aspect comique fort, évident, voulu, concerté ; mais en même temps ce comique est un comique de dérision. C’est un comique de constat. Une observation attentive, ironique, amicale, une manière très personnelle d’écouter, de retenir et de restituer, aux frontières de l’absurde mais en plein naturel, des conversations décousues, et qui font rythme, cadence, musique, façon de neutraliser le silence. Des personnages jamais caricaturaux, absolument innocents de toute caricature.
Louis Calaferte
Louis Calaferte met en scène des huis clos. Ses personnages donnent l’impression de ne presque plus sortir de chez eux et de ne voir personne en dehors du cercle familial. Ils fabriquent leurs propres prisons, se remémorant leurs rêves de jeunesse, ou bien ils attendent… Dans L’Aquarium, ils attendent l’ami d’enfance croisé par hasard à la poste, qui devrait venir prendre le café. On est amusé, touché, agacé, dérangé… Peut-être que Calaferte tente une forme de catharsis : donner envie aux spectateurs de lutter contre l’habitude, le désamour et l’ennui ?