12 JANVIER – 31 JANVIER 2021

De Hanokh Levin
Version française, Laurence Sendrowicz. Paru aux éditions THEATRALES

Avec Christian Gregori, Françoise Courvoisier et Julien Tsongas 
Lumière Rinaldo Del Boca. Son Nicolas Le Roy. Photos Daniel Calderon

SYNOPSIS

Je sais que chez vous non plus, c’est pas la joie. Mais vous au moins, vous pouvez vous aboyer dessus. Moi, je n’ai personne sur qui gueuler !
Gounkel, le voisin, Acte IV

Le titre, on l’aura compris, fait allusion à la vie conjugale. Lors d’une insomnie, Jonas décide de faire le ménage dans sa vie. Il commence tout simplement par éjecter sa femme du lit…
De l’effet de réel à la farce burlesque, il n’y a qu’un seul pas que Hanokh Levin n’hésite pas à franchir. Mais la satire n’en est pas moins caustique… Quand il n’aborde pas de sujets politiques, l’auteur israélien excelle à mettre en scène les aspirations et les désillusions du couple, où l’un comme l’autre se retrouvent coincés dans une interdépendance sans issue.
Né à Tel-Aviv en 1943, Hanokh Levin est mort en 1999. Il est l’auteur d’une œuvre dramatique considérable, qui comprend des pièces de théâtre, des sketchs, des chansons, de la prose et de la poésie.

Production Les Amis – Le Chariot

 

HORAIRES

Mardi 20h • Mercredi, jeudi, samedi 19h • Vendredi 20h30 • Dimanche 17h

Relâche lundi

MÉMOIRE DE FILLE

Notes de mise en scène, F. Courvoisier, septembre 2020

DEHORS – DEDANS
Hanokh Levin est à mes yeux le maître du « dehors-dedans ». On sent pulser la vérité sous les répliques, malgré leur fréquente invraisemblance. C’est à la fois énorme et subtile. La subtilité se situe dans cet accent de vérité sous-jacent, toujours, et l’absence de gratuité. Il nous amène à rire pour mieux nous faire « digérer » la violence du propos. C’est sa ruse, ou plutôt son élégance. Là, le tableau épouvantable qu’il nous montre : Le couple. La vie conjugale sur plusieurs décennies… Aïe aïe aïe. Il faudrait mettre un écriteau à l’entrée du théâtre, les soirs de représentations : Sans humour sur soi, s’abstenir.

Jouer le rôle de Léviva me permet ce rapport parfois très dérangeant pour un metteur en scène mais ici très intéressant : jongler concrètement avec le balancier du « dehors-dedans ».
Au fil de l’apprentissage du texte je découvre à quel point – sous la farce comique – se situe un cri de désespoir face à l’injustice faite aux femmes.
Parfois je suis ma mère, qui avait arrêté ses études pour suivre mon père dans sa carrière, qui a été heureuse mais qui a offert tout son temps, sa jeunesse et sa beauté à un seul homme, l‘homme de sa vie… qui sans doute parfois l’a trahie ou lui a échappé…
Léviva est la somme de toutes les femmes déçues, d’ailleurs en partie responsable de son rôle de victime, mais profondément meurtrie par la petitesse de l’homme, qui bien souvent ne pense… « qu’avec sa queue » !

LE CRI
Si Léviva frôle parfois l’hystérie, c’est parce qu’elle ne sait pas se défendre autrement que par une acceptation taiseuse ou des accès de colère non contenus. Mais elle a du bon sens. Elle sent qu’il y a quelque chose de profondément injuste dans la distribution des rôles…Comme elle ne possède pas le vocabulaire nécessaire, le plus souvent, elle encaisse en silence ou elle crie. Seule arme qu’elle possède dans son impuissance à changer la fatalité : elle a bâti toute sa vie sur son couple et n’existe pas en dehors de lui.
« Il est à moi, j’ai tout investi sur lui, trente ans de ma vie ! » sont ses seuls et pauvres arguments pour retenir son mari lorsqu’il veut la quitter…
Jonas est plus vif d’esprit et possède mieux le maniement de la langue. Si ses propos sont souvent cyniques et pétris de mauvaise foi, son sens de l’humour est extrêmement efficace. Ce qui ne l’empêche pas d’être lui aussi terriblement vulnérable, ce qui nous le rend attachant.

Au début du travail, j’aimais cette pièce pour son regard caustique sur la vie de couple et les situations désopilantes, notamment l’arrivée du voisin venu chercher son chapeau…
Mais j’avais le sentiment que Léviva, l’actrice comme le personnage féminin, n’avait pas d’arguments pour se défendre… Qu’elle n’était que victime.

En travaillant plus en profondeur, j’ai senti battre son cœur, et celui de toutes les femmes de la terre. Hanokh Levin a tellement bien su décrire à travers ce personnages le désarroi des femmes « dépendantes » de leur mari ou de leur amant. Et des femmes « dépendantes » d’un homme, affectivement ou(et) financièrement, il y en a hélas encore tant aujourd’hui, partout dans le monde ! Chez les riches comme chez les pauvres. Et ce cripour plus de justice, plus de respect pour la femme : belle ou moche, jeune ou vieille, spirituelle ou simple, m’est apparu essentiel. C’est le noyau de la pièce, tellement puissant que je ne pouvais pas tout de suite l’entendre.