5 AOÛT – 23 AOÛT 2020

De Michel Viala

Avec Maurice Aufair, Antoine Courvoisier et Charlotte Filou
Mise en scène Françoise Courvoisier. Lumière Rinaldo Del Boca
Son Nicolas Le Roy. Photos avant-première Anouk Schneider, photos plateau Mario del Curto

SYNOPSIS

Quel extraordinaire « paysage humain » nous propose Michel Viala avec son théâtre de chambre ! L’auteur romand, décédé le 22 août 2013 à l’âge de quatre-vingts ans, nous laisse des chefs-d’oeuvre d’un humour et d’une tendresse irrésistibles.

La première pièce, Séance, nous emmène dans l’arrière-salle d’un café ou malgré les interventions d’une serveuse peu aimable, Monsieur Schmidt procède à la traditionnelle lecture du rapport annuel de l’Amicale des Joyeux Contemporains dont il est, semble-t-il, le dernier survivant… Interprétée par le charismatique comédien genevois, Maurice Aufair, Séance a été créée en 1974 au Théâtre de Carouge. En seconde partie, La Remplaçante nous convie à la rencontre improbable entre un chauffeur-routier (Antoine Courvoisier) et une sommelière (Charlotte Filou), deux personnages aussi drôles qu’attachants.

Michel Viala, le bruit de mon silence, un film de Daniel Calderon, sera projeté le samedi 22 août à 11h.

Production Les Amis – Le Chariot

HORAIRES

Mercredi, jeudi, samedi 19h • Vendredi 20h30 • Dimanche 17h

Relâche lundi & mardi

 

LA PRESSE

DEUX COMÉDIES DE CHAMBRE SE RÉPONDENT À CAROUGE

Clara Rigoli, Tribune de Genève, 7 août 2020

Après cinq mois d’arrêt forcé, le Théâtre des Amis retrouve enfin son public avec deux courtes pièces du dramaturge genevois Michel Viala: “Séance” et “La Remplaçante”.

Pour la première de son nouveau spectacle, le Théâtre des Amis fait salle comble. Les murs et fauteuils pourpres créent un cadre intime et convivial, l’ambiance est taillée sur mesure pour les œuvres raffinées de Michel Viala. D’abord plongée dans le noir, la scène laisse apparaître la silhouette de celui qu’on désigne comme le doyen des comédiens genevois: Maurice Aufair. Pour la quatrième fois assis à la table de l’arrière-salle d’un café, l’octogénaire joue sa «Séance» pendant une heure avec un naturel déconcertant. Il se retrouve seul pour la lecture du rapport annuel de l’«amicale des Joyeux Contemporains», coupé par les interventions d’une jeune serveuse haute en couleur. Plein de nostalgie, le senior est attachant, spontané et délivre son monologue avec autodérision. La pièce, touchante, ponctuée par un discours à l’humour feutré, révèle une crise d’adolescence quelque peu tardive.

S’ensuit un court entracte durant lequel des spectateurs conquis échangent leurs premières impressions: «Que c’est bon d’être de retour au théâtre!» La seconde pièce, toujours aussi minimaliste dans sa mise en scène, invite à la rencontre romanesque entre un routier et une sommelière… dans la chambre de cette dernière. Bien qu’indépendantes l’une de l’autre, les deux représentations se succèdent étrangement bien. Comme si la serveuse de la première pièce dévoilait son intimité dans la seconde. Telle une partition à jouer, la création déroule avec finesse une scénographie et des dialogues millimétrés.

La musique s’en mêle
«Théâtre de chambre», tel est le terme qui caractérise le style intimiste de Michel Viala selon la metteure en scène Françoise Courvoisier: «C’est une expression dérivée de la musique, et les pièces de Michel sont de véritables orchestrations. Les dialogues de sourds auxquels on assiste cachent un travail de précision extraordinaire, la conversation est rythmée et les mots s’enchaînent comme des notes de musique.» Convaincue par cette métaphore musicale, elle poursuit: «Dans «La Remplaçante», je vois le personnage de Charlotte comme une clarinette qui débite à toute vitesse. Celui d’Antoine serait plutôt un saxophone, plus calme mais capable de quelques envolées.»

Les chutes des deux pièces, surtout, font effet. Les fins sont toujours empreintes d’une certaine mélancolie, malgré une légèreté constamment présente. Françoise Courvoisier étaie: «C’est la force de Michel Viala, il aime les gens mais rit des petits malheurs du quotidien. Son regard aiguisé sur le monde a permis des textes mêlant tendresse et férocité sans jamais tomber dans le jugement ou l’apitoiement. Ces chutes aigres-douces sont toujours des claques pour les spectateurs… mais des claques sympathiques.»

UN RETOUR AU THÉÂTRE PLEIN DE TENDRESSE

Fabien Imhof, La Pépinière, 7 août 2020

Après cette longue période loin des planches, l’émotion était palpable aux Amis musiquethéâtre, pour ce retour sur scène. Quel meilleur choix qu’un hommage à Michel Viala, avec Séance et La Remplaçante, pour marquer cette reprise ?

C’est d’abord l’émotion qui a primé, pour ce premier spectacle de la saison 2020-2021. Revenir au théâtre après ces mois d’attente… quel plaisir ! En arrivant sur place, on se sent bien. Il y a d’abord l’ambiance du lieu, cosy et empli de tant de souvenirs. Il y a ensuite l’accueil, toujours aussi chaleureux, de Françoise Courvoisier, directrice et metteuse en scène du spectacle. Il y a enfin le spectacle, à proprement parler, qu’on attend avec impatience. Tous les ingrédients sont réunis pour passer une soirée !

Sur les planches, on nous propose un diptyque de Michel Viala, avec Séance, suivi de La Remplaçante. Tout commence dans l’arrière-salle d’un restaurant. M. Schmidt, interprété par le charismatique Maurice Aufair, lit le procès-verbal de l’Assemblée générale des Joyeux contemporains. Seul à la table, il semble être le dernier survivant du groupe. Régulièrement interrompu par une serveuse peu aimable (Charlotte Filou), il effectue son travail avec beaucoup de sérieux. Non sans l’entrecouper de quelques souvenirs et autres traits d’humour sur l’absence de ses camarades… S’en suit une rencontre improbable entre une sommelière (Charlotte Filou) et un chauffeur-routier (Antoine Courvoisier) qui ne se connaissent pas, dans la chambre de la première. Bien vite, chacun se dévoile à l’autre et l’on comprend que leurs histoires amoureuses ont été des échecs successifs. Trop naïfs ou trop amoureux ? À chacun d’en juger…

De la tendresse avant tout
Ce qui marque d’abord avec la plume de Michel Viala, c’est la tendresse qui s’en dégage. Loin de faire une caricature grotesque de personnages pourtant typés, il les rend profondément humains, agrémentant chaque rôle de la touche d’humour adéquate. Il y a d’abord cet homme, âgé et seul, dont tous les amis et l’épouse sont visiblement décédés. Loin de perdre la tête, il se remémore avec nostalgie les souvenirs des sorties annuelles, les discussions avec sa femme. Il joue même avec les codes du théâtre, en s’adressant aux absents comme, comme s’ils étaient là, se moquant de leurs traits de caractères, de l’ancien militaire trop strict au tire-au-flanc présent dans toute association. Séance se présente ainsi comme une jolie métaphore de la solitude que l’on peut éprouver, une fois un certain âge arrivé, et alors que nos proches ne sont plus là. C’est aussi un message d’espoir, cet homme continuant à rire, alors qu’il a presque tout perdu – c’est d’ailleurs la dernière fois qu’il pourra venir dans cette salle, la patronne ne voulant plus la lui prêter. C’est enfin une belle leçon de partage et de générosité. Que faire de tout l’argent qui reste sur le compte de l’association (plus de CHF 26’000.-) ? Quand, touchée par l’attitude du vieillard, la serveuse commence à se confier et à lui déballer les problèmes liés à son divorce, M. Schmidt y voit une opportunité de faire quelque chose de cette somme. Même seul, et malgré l’attitude désagréable de son homologue il continue de penser aux autres…

Cette tendresse et cet humour se retrouvent dans La Remplaçante. Alors que le chauffeur-routier débarque dans la chambre de sa fiancée, il est surpris d’apprendre que cette dernière est partie dans la journée, emportant toutes ses affaires et les CHF 2000.- qu’il lui avait prêtés pour l’achat de l’argenterie. D’ordinaire réservé, mais marqué par ce qui lui arrive – c’est la deuxième fois ! – il se confie à la sommelière qui occupe désormais la chambre. Racontant son histoire, il paraît d’abord naïf. Pourtant, plus la conversation avance, plus un sentiment de confiance se dégage de cet homme. Il croit en la beauté du monde et de la nature humaine. Elle, qui dévoile moins de détails sur ses histoires, n’est pas en reste. Avec un enthousiasme non-dissimulé, elle tente de redonner espoir à son homologue, en lui montrant qu’il n’est pas seul à avoir vécu de telles difficultés (elle aussi a été quittée, par un peintre, dans des circonstances similaires). Si la vision peut sembler quelque peu angélique, on ne tombe pas dans les clichés, et on finit par éprouver de l’empathie pour ces sympathiques personnages. Quant à savoir si la relation – plutôt ambiguë – entre eux évoluera, la pièce ne le dit pas. L’important est ailleurs : deux âmes esseulées et brisées se rapprochent, se confient l’une à l’autre, se redonnant le sourire et l’espoir avec. C’est ce que je retiens de La remplaçante.

De l’émotion surtout
À la fin de ce diptyque, l’image qui me reste en tête est la tendresse dans les yeux de Charlotte Filou, alors que Maurice Aufair sort de scène, M. Schmidt faisant ses adieux à la pièce. Je n’oublierai pas l’émotion dans leurs regards au moment des saluts, mélange entre celle des fantastiques textes de Michel Viala et celle du retour sur la scène, après ces temps difficiles. Le théâtre est là pour procurer des émotions, et croyez-moi, elle est au rendez-vous, chez tous ceux autour de qui gravite ce spectacle. Merci pour cela.

ARCHIVES: Michel Viala, pour tout dire…

Patrick Ferla, Presque rien sur presque tout, RTS du 18 mai 2012