2 OCTOBRE – 20 OCTOBRE 2019

de Michel Viala

Avec Julia Batinova, Candice Chauvin, Jean-Pierre Gos, Christian Gregori, Doris Ittig, Jef Saintmartin,
Julien Tsongas. Mise en scène Philippe Lüscher. Peintures Christian Gregori. Lumière Rinaldo Del Boca
Photo Anouk Schneider

SYNOPSIS

L’écrivain Michel Viala, décédé il y a six ans, revivra grâce à la création de l’une de ses pièces mythiques : Est-ce que les fous jouent-ils Doux anarchiste et surtout désopilant inventeur d’histoires, l’auteur suisse romand bien connu pour son talent de dialoguiste nous emmène dans la cave d’un asile psychiatrique, occupée clandestinement par un groupe de déviants pour y faire « du théâtre ». Un jour, ils invitent quelques membres du personnel soignant à assister à une répétition… C’est le début d’un délire très réjouissant, qui offre à sept comédiens le bonheur de plonger dans le monde fantaisiste et libérateur de Michel Viala, sous la direction d’un metteur en scène éclairé, Philippe Lüscher.

Philippe Lüscher est aussi comédien et écrivain. Il a dirigé le Théâtre de l’Orangerie après Richard Vachoux, avant de tenir les rênes du Théâtre du Grütli pendant six ans. Actuellement, il dirige la Résidence d’auteurs Maisons Mainou, située à Vandoeuvres.

Production Les Amis musiquethéâtre / Le Chariot

HORAIRES

Mercredi, jeudi, samedi 19h • Vendredi 21h • Dimanche 17h

Relâche lundi & mardi

MICHEL VIALA

Michel Viala nous a quitté le 22 août 2013 à l’âge de 80 ans. Après une formation aux Beaux-Arts de Genève, il fait ses débuts au Théâtre de Poche comme décorateur. Très vite, le directeur de l’époque repère en lui le comédien et l’engage dans de nombreuses pièces, dont Des souris et des hommes de Steinbeck. Après des voyages en Afrique et en Asie, Michel Viala écrit pour la radio et le théâtre. Il devient par la suite scénariste de cinéma et de télévision. La plupart de ses pièces ont été montées. Certaines ont été traduites en plusieurs langues et jouées à l’étranger, notamment en Espagne et en allemagne. Il a collaboré de nombreuses années avec le directeur et metteur en scène François Rochaix. La cinéaste Daniel Calderon lui dédie un film « Michel Viala, le bruit de mon silence ».

 

EST-CE QUE LES FOUS JOUENT-ILS?
Rosine Schautz, Scènes Magazine du mois d’octobre 2019

Michel Viala, décédé il y a six ans, revient et revit aux Amis Musiquethéâtre. La pièce avait été créée en 1980, au Théâtre Essaïon à Paris, dans une mise en scène de Pierre-Olivier Scotto.

Cinq déviants – joli mot pour dire les gens qui marchent non pas à la marge, mais en biais, qui dévient de leur route toute tracée – se mettent dans l’idée de monter une pièce de théâtre pour leurs médecins et une ‘amie’ du Pavillon. La pièce, imaginée par l’un des malades, parle d’amour, de raison, de sentiments, et parle aussi des conditions de vie en asile psychiatrique.
Dans une langue à la fois poétique et familière, Viala arrive à nous transporter intra muros, et nous faire rire mine de rien de l’absurdité de certaines situations, voire certains comportements.
La pièce dans la pièce interroge : qui sont finalement les ‘fous’ qui jouent ? Jouent-ils à être fous ou jouent-ils un rôle, dans le théâtre et dans la société plus généralement ? Jouent-ils à être eux-mêmes, ou au contraire à sortir de leur folie ? Folle question…

Extrait:
« VALOTON, à Rappat. Ton théâtre, c’est aussi emmerdant que les colloques ! La nouvelle psychiatrie ! On ne vous fiche plus la paix. On vous parle. On s’occupe de vous ! On vous donne du « Monsieur » ! On t’explique ! Tu n’as plus qu’une chose à faire : leur rentrer dans la gueule ! Comme ça, on t’enferme un bout de temps ! Ou alors, faut jouer au fou ? Si seulement je savais comment on devient fou ? Tomber sur la tête ? Mais tu risques d’y rester. Et si tu t’en sors, on veut savoir pourquoi tu t’es cassé la gueule. Si tu l’as fait exprès ? Moi, plus le temps passe, plus je me dis que c’est difficile de s’en sortir. Et avec leurs nouveaux médicaments, tu n’as même plus envie d’être fou. Et un beau jour, tu vas te retrouver comme tout le monde, devant une machine à timbrer… »

Interview de Philippe Lüscher

Comment comprenez-vous le titre de la pièce? Elle est déjà désaxée dans sa formulation à mon avis…
Le rajout du « ils ? » à la fin du titre est sans doute une façon de renforcer l’interrogation et de créer volontairement une faute qui nous renvoie à la situation de la pièce : un hôpital psychiatrique.

De quoi parle cette pièce, à votre sens?
La pièce raconte plusieurs événements qui se déroulent dans la cave d’un pavillon. Un petit groupe de patients, appelés « déviants » par l’auteur, jouent un texte écrit par l’un d’eux, devant deux soignants et une patiente. Bien entendu, l’auteur va décrire par un enchaînement de scènes tantôt drôles, tantôt grinçantes, une série de situations qui permet à chacun de révéler ses habitus, mais également de jeter un regard sans concession sur cette période des années fin 70, début 80, assez mouvementée dans cette institution genevoise bien connue.

Est-elle selon vous datée, ou franchement moderne?
Franchement, si les méthodes de traitement ont certainement changé, les rapports humains qui régissent et se dégagent de cette pièce, ainsi que plusieurs répliques dites par les malades, semblent toucher juste et gardent toute leur pertinence, d’une manière impertinente, sans vouloir comparer à tout prix ce que fut cet établissement et ce qu’il est aujourd’hui.

Avez-vous connu Viala, et si oui dans quelles circonstances?
J’ai connu Michel Viala sur une trentaine d’années. D’abord au tout début des années 80, puis périodiquement, à la Société des Auteurs, dans les bistrots, dans la rue, à la gare et dans les théâtres. Je l’ai aussi vu sur scène. Quel homme doué, ce Michel ! Enfin, je l’ai beaucoup croisé lorsque j’ai monté une de ses pièces, Vacances, au Théâtre Le Poche, dirigé alors par Françoise Courvoisier. L’étrangeté de la vie se lisait sur son visage, aux expressions multiples.

Vous êtes écrivain, acteur, metteur en scène, ancien directeur de théâtre et actuellement responsable des Maisons Mainou: qu’est-ce que le théâtre en 2019 pour vous? 
Depuis une dizaine d’années, le théâtre vit sa mue et cherche à bousculer ses règles. C’est bien, mais parfois à force de vouloir changer ses fondamentaux, le spectacle vivant se vide d’une vraie substance et le public se perd. Pour ma part, l’écriture pour la scène reste un matériau indispensable, mais il arrive qu’elle soit triturée sans raison dramaturgique, flanquée de textes additionnels qui alimentent des concepts. Heureusement, il existe encore des auteurs qui racontent des histoires et des metteurs en scène qui refusent de ranger au placard les auteurs contemporains de la fin du précédent millénaire, dont les pièces, pourtant, restent d’une criante actualité.

Une belle pièce c’est quoi: un bon auteur, un bon acteur/de bons acteurs? Une langue? Un propos?
Je dirais : Une bonne pièce plutôt qu’une belle pièce. Oui, c’est d’abord un auteur et son texte, ses intentions, son style, son univers, puis, un metteur en scène, qui prolonge la main de l’auteur, façonne un univers et dirige ses comédiens.