Cécile dalla Torre
12 octobre 2026
Anna Budde hypnotise dans le rôle d’une avocate pénaliste spécialisée dans les agressions sexuelles. Mis en scène par Elidan Arzoni, Prima Facie est à (re)découvrir à la Salle Caecilia, à Genève..
Prima Facie sonne juste: un récit à la barre des accusées bousculant la défense de la culture du viol et du patriarcat. De manière presque systématique, la faute est rejetée sur les femmes victimes d’agressions sexuelles durant les procès. Leurs mensonges seraient indéfendables, estropiant les faits dont elles se souviendraient mal, et pour cause, les mécanismes de défense psychologique brouillent souvent l’esprit lors de ce type d’abus.
L’incarnation de la brillante avocate pénaliste Tessa Ensler par la toute aussi brillante comédienne Anna Budde se joue jusqu’à la fin de la semaine à la Salle Caecilia, à Genève, et mérite le détour. Ce personnage vibrant se remémore ses plaidoiries pour défendre régulièrement les agresseurs, jusqu’à tomber elle-même dans le piège de la mécanique judiciaire.
Il ne faut pas louper ce spectacle pour une comédienne joué dans l’ancien lieu de répétition de la Comédie du boulevard des Philosophes aujourd’hui dévolu aux compagnies de théâtre indépendantes. Anna Budde excelle dans cette mise en scène sobre d’Elidan Arzoni, qui fait la part belle aux jeux d’ombres et de lumière (Danielle Milovic) et aux fameux «noirs» du théâtre rappelant à leur façon les atrophies de la mémoire.
La pièce de l’autrice australienne Suzie Miller, à la fois juriste et formée en théâtre, saluée à Brodway en 2024, est une œuvre remarquablement bien construite qui s’élève contre les inégalités de genre et de classe. Un morceau de bravoure relayé à Genève à sa sortie, qui méritait bien une reprise au Scène Vagabonde Festival, sous la direction artistique de Valentin Rossier. Un espace bourré de charme, avec ses rangées de «nouveaux» fauteuils récupérés par Matériuum, et son balcon à l’italienne.