QUATRE CRÉATIONS

Demi-saison sept.26 > janv.27

Laurence Tièche
1er septembre 2026

Le Théâtre des Amis offre un premier semestre riche de quatre créations dont trois mises en scène dirigées par des femmes.

Oncle Vania
La saison s’ouvrira le 15 septembre avec Oncle Vania. Françoise Courvoisier renoue avec Anton Tchekhov dont elle avait monté La Mouette en 2010, avec déjà Pierre Dubey. Excellente connaisseuse de l’auteur russe dont elle a lu la correspondance, elle aborde Oncle Vania selon deux axes. Tout d’abord le rapport au temps, incarné par l’Oncle Vania qui fait le bilan de sa vie à cinquante-six ans et se demande que faire de ce temps qui reste à vivre. Tchekhov avait subi sa première crise de tuberculose à vingt-quatre ans et en tant que médecin, il était conscient de l’urgence de vivre. Fils d’épicier et petit-fils de serf, il était le seul à gagner sa vie dans la fratrie. Parallèlement à la médecine, il écrit des nouvelles pour nourrir sa famille. Sévère envers lui-même, se disant paresseux, il adhère au réalisme psychologique de Stanislavski qui révolutionne le jeu des acteurs, tout en gardant un esprit ludique qui lui permet de tirer du comique de la vie réelle. Le second axe est une réflexion sur la destruction de la nature, dont le médecin Astrov est le porte-parole, une sorte d’écologiste avant l’heure, qui lutte contre la déforestation.
Avec huit comédiens, fait notable sur la petite scène du théâtre : Vincent Bonillo, Pierre Dubey, Patricia Mollet-Mercier, Clarisse Morizot, Pierre Omer, Juliana Samarine et Edmond Vullioud.

Prima Facie
En parallèle, la pièce Prima Facie de Suzie Miller sera reprise hors les murs, à la salle Caecilia, mise en scène par Elidan Arzoni, avec la talentueuse Anna Budde. Prima facie ou à première vue – avant les preuves, relève du langage juridique employé lors d’une plaidoirie.
Succès mondial, la pièce australienne suit l’évolution d’une jeune et brillante avocate dont la carrière s’est bâtie sur la défense et l’acquittement d’agresseurs sexuels, jusqu’au jour où elle est elle-même violée par un confrère du barreau et prend conscience dans son intégrité physique et psychique de son statut de victime. Elle s’attachera dès lors à faire entendre la notion de consentement et à défendre les femmes doublement victimes, car d’abord agressées puis sommées de prouver leur innocence.

Retour au pays
Deuxième création, Retour au pays, d’après Lettres du voyageur à son retour, de Hugo von Hofmannstahl, dont Marie-José Malis signe l’adaptation et la mise en scène. On connaît Marie-José Malis pour avoir dirigé le Théâtre de la commune d’Aubervilliers pendant dix ans et pour les courtes pièces mises en scène au Petit Odéon, avec la complicité de Julien Gosselin, actuel directeur du Théâtre de l’Odéon.
Au tout début du XXe siècle, après dix-huit ans d’absence, un grand négociant autrichien doit séjourner en Allemagne, qu’il ne reconnaît pas. Tout lui paraît irréel et fantomatique, il traverse une crise intellectuelle et psychique et le vide auquel il fait face pourrait le faire sombrer dans le nihilisme. Or, il rencontre les œuvres de Van Gogh, encore peu connu, et en sera bouleversé. Il se sent renaître et extrait du chaos de la non-vie. Les couleurs donnent vie au monde, mieux que les mots, et pourront le sauver.
Avec Alexandra Tiedemann et Juan Crespillo ; Aurelia Ansermet pour la partie musicale.

Notre regretté Alfred
Troisième création en décembre avec Notre regretté Alfred. Marie Beer adapte pour la scène son huitième roman Patate chaude, après trois précédentes mises en scène de ses autres œuvres. Elle y débusque les faux-semblants, les mensonges, l’importance des normes sociales et du paraître. Kob, un jeune marginal s’est suicidé et sa famille bourgeoise lui organise des funérailles qu’elle souhaite dignes de son rang. Le narrateur, frère d’un ami de Kob, se rend à l’enterrement et relate les différents points de vue de l’assistance sur le disparu. Si la famille veut en donner une image lisse, d’autres énergumènes viennent troubler la cérémonie. Quelle image reste-t-il de nous après notre départ ? Les différents regards parviennent-ils à reconstituer la personne au plus près de son existence réelle ?
Et puis il y a Patate chaude, le molosse du défunt, dont personne ne veut et que chacun.e cherche à fourguer à l’autre…
Avec Maurice Aufair, Marie Druc, Gabriel Izquierdo, Frank Semelet et Albert Pià Cornella à la guitare.

Les Frustrés
Enfin, le premier semestre se terminera en janvier avec la quatrième création maison, une adaptation par José Lillo de la bande dessinée Les Frustrés, de Claire Brétécher. On se souvient – et sinon on les découvrira avec jubilation – des situations, des dessins et des dialogues de l’immense bédéiste, collaboratrice du journal Pilote puis cofondatrice de l’Echo des Savanes et enfin attendue avec impatience par le lectorat du Nouvel Observateur dans les années septante avec ses Frustrés, personnages issus d’une bourgeoisie citadine, dont le langage, les comportements, les travers en font les premiers bourgeois-bohèmes, les fameux bobos qui succèdent aux yuppies américains. La deuxième grande série de Claire Brétécher, Agrippine, lui permettait d’explorer tous les petits problèmes et les grandes préoccupations sociétales de son époque à travers une adolescente qui souvent « prend vapeur ».
José Lillo, qui aime les défis artistiques et littéraires, proposera au public un montage de scènes des Frustrés, caléidoscope d’échanges entre filles, entre mecs, en couples ou entre amis, qui mettent en valeur la charge de l’autrice contre les travers de son époque, tout à fait transposable à la nôtre…
Avec Elodie Bordas, Mélanie Foulon, Felipe Castro et David Gobet.

Concerts et lectures
Des Matinées classiques et des Nocturnes jazz émailleront l’automne, ainsi qu’un cycle de lectures, Témoignages de guerre, les samedis à 11h de mi-septembre à mi-octobre.
A noter enfin le 16 novembre la lecture Vivre, un choix de textes de Victor Hugo, par Michel Voïta.