15 SEPTEMBRE – 11 OCTOBRE 2026  
création

Horaires

Mardi, vendredi 20h • Mercredi, jeudi, samedi 19h • Dimanche 17h
Relâche lundi.
Les représentations du 15, du 20, du 23 et du 24 septembre d’Oncle Vania sont complètes
mais il reste des places pour les autres jours.

Texte, Anton Tchekhov.  Traduit du russe par Arthur Adamov. Mise en scène, Françoise Courvoisier
Assistanat, Nelson Duborgel. Jeu, Vincent Bonillo, Pierre Dubey, Bérangère Mastrangelo, Patricia Mollet-Mercier,
Clarisse Morizot, Pierre Omer (musique), Juliana Samarine et Edmond Vuilloud. Collaboration artistique, Gilbert Maire (scénographie) et André Kasper (peinture). Lumière, Rinaldo Del Boca. Son, Nicolas Le Roy. Photos, Anouk Schneider

Production Les Amis – Le Chariot, avec le soutien de La Loterie Romande

L’«Oncle Vania» reste d’une actualité saisissante. Dans ce chef-d’œuvre de Tchekhov, le tragique de l’existence présente un caractère comique aussi désarmant que profond. Françoise Courvoisier, directrice des Amis, revient à un auteur qu’elle affectionne tout particulièrement. Avec un même succès. La salle archicomble ne s’y est pas trompée, vendredi soir, avec une standing ovation digne des spectacles les plus aboutis.
Tribune de Genève, 22 septembre 2026

EN DEUX MOTS…

ASTROV – L’homme a été doué de raison afin de multiplier ce qui lui a été donné, mais jusqu’à présent, il ne crée pas, il détruit… Il y a de moins en moins de forêts, le gibier disparaît, et le climat devient chaque jour plus rude. Chaque jour la terre s’appauvrit et s’enlaidit.Une pièce saisissante d’actualité, notamment par le procès qu’elle fait de la destruction de la nature par l’homme. Mais il est aussi question d’amour, du temps qui passe et d’illusions perdues… Toujours actuels également les conflits de famille, où se mêlent rapports de domination et frustrations… Bref, il y a toute l’humanité à la fois splendide et terrifiante dans ce chef d’œuvre de Tchekhov, où le tragique de l’existence présente un caractère comique aussi désarmant que profond.

Quinze ans après une mémorable mise en scène de La Mouette au Théâtre Pitoëff, Françoise Courvoisier revient à un auteur qu’elle affectionne plus que tout autre.

EXTRAIT

ASTROV. Je peux comprendre qu’on coupe les arbres quand on ne peut pas faire autrement… Mais pourquoi s’obstiner à les anéantir ? Les forêts russes gémissent sous la hache, des milliards d’arbres périssent, les repaires des bêtes sauvages, les nids d’oiseaux se vident, les rivières s’ensablent, des paysages merveilleux disparaissent à jamais – et tout cela, tout cela parce que les hommes sont trop paresseux pour se baisser et ramasser le combustible. Il faut être insensé et barbare pour brûler dans son poêle toute cette beauté, pour détruire ce que nous sommes incapables de créer. L’homme a été doué de raison afin de multiplier ce qui lui a été donné, mais jusqu’à présent, il ne crée pas, il détruit… Il y a de moins en moins de forêts, le gibier disparaît, et le climat devient chaque jour plus rude… Chaque jour la terre s’appauvrit et s’enlaidit. Je suis peut-être un peu toqué, mais quand je passe à côté d’une forêt que j’ai sauvé du déboisement, ou encore quand j’entends les bruissements des jeunes arbres que j’ai planté de mes propres mains, j’ai le sentiment que le climat lui-même est un peu en mon pouvoir et que si, dans mille ans les hommes sont plus heureux, eh bien, ce sera un peu grâce à moi. Quand je plante un jeune bouleau, et que je le vois ensuite se couvrir de feuilles vertes et se balancer dans le vent, mon âme se remplit de fierté…

 

LA PRESSE 

L’ONCLE VANIA RESTE D’UNE ACTUALITÉ SAISISSANTE

Laurence Bezaguet, Tribune de Genève
22 mai 2026

Dans ce chef-d’œuvre de Tchekhov, le tragique de l’existence présente un caractère comique aussi désarmant que profond.

«L’homme a été doué de raison afin de multiplier ce qui lui a été donné, mais jusqu’à présent, il ne crée pas, il détruit… Il y a de moins en moins de forêts, le gibier disparaît, et le climat devient chaque jour plus rude. Chaque jour la terre s’appauvrit et s’enlaidit.» Ce constat désabusé pourrait être énoncé aujourd’hui. Or, il est le fruit de la réflexion d’un médecin de campagne féru d’écologie, Mikhaïl Lvovitch Astrov, acteur central de la célèbre pièce Oncle Vania d’Anton Tchekhov, écrite en 1897 (!), actuellement à l’affiche au théâtre Les Amis musiquethéâtre à Carouge.

Quinze ans après sa grandiose mise en scène de La Mouette au Théâtre Pitoëff, Françoise Courvoisier, directrice des Amis, revient à un auteur qu’elle affectionne tout particulièrement. Avec un même succès. La salle archicomble ne s’y est pas trompée, vendredi soir, avec une standing ovation digne des spectacles les plus aboutis.

Peut-être parce que cette pièce reste d’une actualité saisissante, par le procès qu’elle fait de la destruction de la nature par l’homme, mais aussi parce qu’elle parle d’amour, de conflits de famille, du temps qui passe et d’illusions perdues. Autant de thèmes universels où se mêlent rapports de domination et frustrations.

Dans ce registre-là, le retour à la campagne du professeur Sérébriakov, sa jeune épouse Eléna au bras, va profondément perturber le quotidien de sa fille, Sonia, et de son beau-frère, Vania, jusqu’alors tous deux occupés à gérer le domaine familial.

Ce vieil enfant gâté, regardé par sa mère avec des yeux de merlan frit, à la fois tyrannique, geignard et hypocondriaque, contamine tout autour de lui par son mal de vivre. La belle Eléna attise, elle, les feux de Vania et d’Astrov, dont la rivalité va éteindre l’amitié. Les soupirants se réfugient alors dans l’alcool pour rendre leur existence sans perspective ni espoir plus supportable.

Il faudra que le couple perturbant reparte pour que Vania et Sonia retrouvent l’apaisement dans le travail. 

Dans un huis clos à l’oisiveté étouffante, les huit acteurs (Vincent Bonillo, Pierre Dubey, Bérangère Mastrangelo, Patricia Mollet-Mercier, Clarisse Morizot, Pierre Omer, Juliana Samarine et Edmond Vuilloud) semblent attendre que la vie passe. «Je meurs d’ennui, je ne sais pas quoi faire», dit Eléna, qui se définit elle-même par le mot paresse. Bref, dans ce chef-d’œuvre de Tchekhov, le tragique de l’existence présente un caractère comique aussi désarmant que profond. À voir.