DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2018

François Sochard (violon), Florentin Darbellay (violoncelle) et Nicolas Le Roy (piano)

Sonatine, Sonate posthume, Trio

SONATINE  (1905)
Modéré – Mouvement de menuet – Animé

Entreprise en 1903 en vue d’un concours de composition, achevée seulement en 1905, la Sonatine de Ravel est créée par Paule de Lestang à Lyon le 10 mars 1906, et à Paris le 31 mars suivant par Gabriel Grovlez, lors d’une séance de la Société nationale de musique. La partition est dédiée à Cyprien et Ida Godebski, proches amis du compositeur. Étincelante, limpide, concise, la Sonatine affiche à travers son titre une modestie s’opposant à l’hypertrophie de la sonate postromantique (Dukas, peu auparavant, en avait donné l’exemple même). Renouant avec la découpe claire, les thèmes ciselés et l’expression mesurée du XVIIIsiècle, Ravel préfigure aussi le néo-classicisme de la fin des années 1910. Il est étonnant de penser qu’à l’époque de cette œuvre, le compositeur travaillait aussi à ses Miroirs, morceaux impressionnistes d’une rare sophistication. Le Modéré de la Sonatine déploie une forme-sonate aux deux thèmes chantants et bien dessinés. Pas de surprise dans le développement ni lors de la réexposition, mais l’ensemble est d’une cristalline perfection. Sous des dehors élégants, voire précieux, le bref Mouvement de menuet distille une atmosphère archaïsante et délicatement nostalgique. Le finale, Animé, est une véritable toccata. Sur un brillant mouvement perpétuel, un premier thème folâtre. Le second n’est autre qu’une métamorphose du début du premier mouvement (sans systématisme, Ravel s’inspire ainsi des techniques cycliques employées alors par les disciples de César Franck). Les deux idées se combinent dans le développement, qui fait aussi allusion au mouvement central.

SONATE posthume (1897)

C’est A. Orenstein, spécialiste de Ravel, qui fait resurgir le manuscrit de cette oeuvre en 1975 ( pour les 100 ans de la naissance de Ravel) , soit près d’un siècle après sa création au Conservatoire probablement par Ravel au piano et G. Enesco son condisciple à la classe de composition de G. Fauré.Cette oeuvre de jeunesse – Ravel n’a que 22 ans – témoigne encore de l’influence du lyrisme de Fauré et du langage harmonique de C. Franck, très influent sur les compositeurs de l’époque. Le thème introductif laisse pressentir le début du trio.(mesure 13 de la sonate; mesure 52 du trio). Le matériau est parfois d’ailleurs traité de façon analogue. Si le début du trio est  « de couleur Basque » ( zortziko, danse typique Basque à 5/8, traité à 8/8 ), le début de la sonate peut avoir aussi ce parfum.

TRIO en la mineur (1914)
Modéré – Pantoum – Passacaille – Final. 

Composé de part et d’autre de la déclaration de guerre, le Trio est commencé le 3 avril 1914 et achevé le 29 août, à Saint-Jean-de-Luz. Ravel, écarté du service militaire en raison de sa petite taille et de sa constitution fragile, observe à distance le début du conflit. Ne partageant pas la conviction d’un affrontement bref qui domine dans les deux camps, il exprime de sombres pressentiments : « Je voulais terminer mon Trio que j’ai traité en œuvre posthume. Cela ne veut pas dire que j’y ai prodigué le génie mais bien que l’ordre de mon manuscrit et les notes qui s’y rapportent permettraient à tout autre d’en corriger les épreuves. » Comme pour canaliser son angoisse, il revient à une structure classique en quatre mouvements pour la première fois depuis son Quatuor à cordes ; il utilise la forme sonate (Modéré), le scherzo (Pantoum) et une danse ancienne sur basse obstinée (Passacaille). Mais ces références à la tradition vont de pair avec des idées personnelles : rythmes d’origine basque (premier et dernier mouvements), allusion à une forme poétique d’origine malaise (le pantoum). Et surtout, la transparence de l’écriture et la pudeur de l’expression alternent avec des sonorités mordantes et une extrême violence. Le mouvement lent évoque moins une danse qu’une marche funèbre. Quant à l’embrasement du Final, il semble annoncer le cataclysme de La Valse et du Boléro. Le 28 janvier 1915, devant un auditoire peu nombreux, Gabriel Willaume (violon), Louis Feuillard (violoncelle) et Alfredo Casella (piano) créèrent non une œuvre posthume, mais un chef-d’œuvre, assurément.

FRANÇOIS SOCHARD (violon)

Né en 1979, François Sochard donne son premier grand concert en soliste à onze ans et rentre dans la classe du maître Italien Salvatore Accardo à Cremone. En 1995, il étudie  au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et obtient les Premiers Prix de violon (classe de Gérard Poulet) ainsi que celui de musique de chambre (classe de Christian Ivaldi). Par la suite, il obtiendra en 1999 son diplôme de formation supérieure dans le même établissement. Il se perfectionne également auprès de Pierre Amoyal au Conservatoire de Lausanne où il obtiendra son diplôme de virtuosité ainsi que le prix Max Jost en 2002.
François Sochard enregistre la même année son premier CD en direct à Radio France. Lauréat de concours internationaux (Sarasate en Espagne, Lipizer en Italie) et de nombreuses fondations, il est invité en Europe, Asie, Amérique du Sud et aux Etats-Unis pour donner une grande variété de concerts ainsi que chaque année au Japon avec le quatuor Gabriel dont il est membre depuis 2005. François Sochard est premier violon solo à l’Orchestre de Chambre de Lausanne. Il assure également l’assistanat de Renaud Capuçon auprès de la classe de violon de l’HEMU (Haute Ecole de Musique de Lausanne).

FLORESTAN DARBELLAY (violoncelle)

Florestan Darbellay a commencé le violoncelle avec son grand-père, François Courvoisier, avant de rejoindre la classe de Denis Guy, au Conservatoire de Genève. En septembre 2004 il entre dans la classe de Marc Jaermann, à la haute école de musique de Lausanne où il obtient son diplôme d’enseignement avec les félicitations du jury. Par la suite, il suit les cours de Roel Dieltiens, à la « Zürich Hochschule der Kunst », avec lequel il prépare son « Master in art of Music » qu’il obtient en juin 2010. Depuis plusieurs années, il bénéficie des conseils du violoncelliste solo de l’orchestre national de Lyon, Nicolas Hartmann. Au cours de divers Masterclass il travaille avec François Guye, Jeroen Reuling, Marcio Carneiro et Roel Dieltiens. Passionné par la musique de chambre, on a pu l’écouter dans de nombreuses formations allant du duo à l’orchestre de chambre. Il a partagé la scène avec Michèle Courvoisier, Lucas Buclin et Irène Puccia (pianistes), Jean-Baptiste Navarro et Odile Lespérance (violonistes), Nicolas Hartmann (violoncelliste), Vincent Thévenaz (organiste) ou encore le Quatuor Byron. Il a été membre durant plusieurs années du Quatuor Boreas et du Trio Digit Ludi, et fait maintenant partie du comité de l’Orchestre Buissonnier. En 2014 il est co-fondateur de l’ensemble Fecimeo. Depuis plusieurs années, il joue le répertoire baroque et classique sur instrument d’époque, on a pu notamment l’entendre dans les Suites de J.-S. Bach, ou dans le Concerto en Do Majeur de J. Haydn avec l’ « Orchestre Baroque Buissonnier ».
En tant que soliste, il a joué avec divers orchestres de la région genevoise. Parallèlement à sa vie de musicien classique, Florestan s’intéresse aussi beaucoup à la chanson française. En septembre 2012 il rejoint le chanteur romand Tomas Grand avec lequel il se produit dans diverses saisons de concerts ou festivals : Voix de fête à Genève, les Anglofolies à Lausanne, les Francomanias à Bulle, …

NICOLAS LE ROY (piano)

Nicolas Le Roy commence ses études de piano à Lille avant de rejoindre Genève, où il entre au Conservatoire Supérieur de Musique. Ses études terminées, il se perfectionne avec Pascal Rogé et Jean-François Antonioli. Passionné d’opéra, il collabore à de nombreuses productions en tant que chef de chant, notamment avec le Grand Théâtre de Genève. Il est pianiste officiel de Concours Internationaux tels que le CIEM (Concours International d’Exécution Musicale) ou Tibor Varga. Il se produit régulièrement en sonate avec violon ou violoncelle. En tant que soliste, il a une prédilection pour l’œuvre d’Olivier Messiaen et interprète à plusieurs reprises « Les Regards sur l’Enfant-Jésus ». Il joue également les répertoires à deux pianos, notamment avec le londonien Daniel Adni. Au sein des Hautes Ecoles de Musique (HEM) de Genève et de Lausanne, il accompagne les élèves des classes professionnelles. Polyvalent, Nicolas Le Roy s’investit également dans la création d’espaces sonores pour diverses productions théâtrales.

MAURICE RAVEL (1875-1937)

Originaire du sud de la France, la famille de Ravel s’installe à Paris peu après la naissance de Maurice. Esprits ouverts et cultivés, les parents ne tardent guère à prendre conscience des capacités artistiques de leur fils, et c’est tout naturellement qu’en 1889 on l’inscrit au Conservatoire, dans les classes de Charles de Bériot (piano) et de Gabriel Fauré (composition). Bien qu’entachées par une série d’échecs retentissants au concours du prix de Rome (en particulier en 1905), ces années de formation se révélèrent décisives dans l’affirmation de sa sensibilité très particulière. La découverte de Chabrier et de Satie, mais également de Mallarmé et de Baudelaire, le pousse à se démarquer du style académique par une écriture extrêmement raffinée. En témoignent ses premiers essais tels les Jeux d’eau (1901) ou le Quatuor(1903), autant de chefs-d’œuvre qui lui valent presque immédiatement une place de chef de file de l’école française aux côtés de Debussy. Dépassant à peine les 110 numéros, son catalogue étonne par une exceptionnelle concentration d’ouvrages majeurs. Marquant de manière décisive l’ensemble de la musique du XXe siècle, le compositeur touche à presque tous les genres, de la musique pour clavier (SonatineMiroirsGaspard de la nuitLe Tombeau de Couperin) à la musique de chambre (Trio en la, Sonate pour violon et violoncelle), sans oublier l’œuvre avec orchestre (la Rapsodie espagnole, les concertos pour piano, Daphnis et Chloé, le BoléroLa Valse, l’opéra L’Enfant et les sortilèges), particulièrement remarquable pour son éblouissante maîtrise de l’écriture instrumentale.