18 DÉCEMBRE – 31 DÉCEMBRE 2019

Chansons d’Anne Sylvestre

Avec Margarita Sanchez, Christine Vouilloz, Floryane Hornung
Sophie Solo et Florence Melnotte (piano). Conception & mise en scène Françoise Courvoisier
Lumière Rinaldo Del Boca. Photos Anouk Schneider

 

SYNOPSIS

Un spectacle musical faisant écho au quatuor masculin de Misogynie à part. C’est au tour de quatre comédiennes qui chantent de s’emparer des chansons d’Anne Sylvestre, en solo ou à plusieurs voix. Si son répertoire pour enfants est bien connu, celle que Georges Brassens considérait comme la meilleure parolière de son époque a aussi écrit des textes forts : tantôt malicieuse et tendre, parfois en colère… Une sorcière comme les autres, Juste une femme
Elle nous fait rire aussi avec Les grandes balades, Ça n’se voit pas du tout, Les hormones… C’est avec gourmandise que les artistes s’approprient les mots de cette femme de caractère, accompagnées par une pianiste de jazz d’exception.


Production Les Amis – Le Chariot

 

HORAIRES

Mercredi, jeudi, samedi 19h • Vendredi 21h • Dimanche 17h

Relâche lundi & mardi

Horaires spéciaux: lundis 23 et 30 décembre 20h, mardi 31 décembre 21h (spécial Nouvel An !)

 

DES HUMAINES COMME LES AUTRES 

Lucas Vuilleumier, Le Courrier, 19 décembre 2019

Au Théâtre des Amis, sans fausses notes, quatre comédiennes chantent l’éternel féminin des titres d’Anne Sylvestre

Ce ne sont pas des femmes puissantes. Ni fragiles. Quatre comédiennes et une pianiste. Des humaines que Françoise Courvoisier met en scène au Théâtre des Amis, qu’elle dirige, dans un spectacle qui est comme Anne Sylvestre, qu’elles chanteront pendant plus d’une heure. C’est-à-dire immanquable, à tel point que 2019, qui tire sur la fin, serait moins belle sans avoir vécu ce moment de grâce. Comme serait moins belle une vie sans les chansons d’Anne Sylvestre. Pour découvrir l’artiste, vous avez toute la vie. Pour ce spectacle, en revanche, vous avez jusqu’au 31 décembre.

On dirait qu’elles chantent moins les femmes que la vie tout entière. Cette vie qu’elles donnent, même si la leur peut parfois leur être volée ou gâchée, ne va faire d’ailleurs qu’exploser au visage du public de Faites-vous légers! L’injonction en question, d’une bienveillante violence, est celle d’«Une sorcière comme les autres», hymne-fresque qu’Anne Sylvestre publie en 1975 dans un album du même nom, et qui cristallise la substance lumineuse de ce spectacle. «Vous m’avez aimée servante / M’avez voulue ignorante / Forte vous me combattiez / Faible vous me méprisiez.»

Sous la foudre et le feu
Dans une sobriété qu’elles transgresseront par le pouvoir des mots rugueux, sales ou exaltés de la plume d’Anne Sylvestre (avec Florence Melnotte au piano), le spectacle s’ouvre sur la «Berceuse de Bagdad», où Christine Vouilloz fait naître instantanément l’amour éclatant de modestie d’une mère qui, «sous la foudre et le feu», éprouve le sublime égoïsme de mettre au monde un enfant, malgré tout. Plus que jamais, être une femme est aussi cette chance d’être mère, et dans cet accouchement de mots si évocateurs se faufile toute l’éternité de la vie. Un enfant naît. Les problèmes de la guerre des hommes, ainsi que celle qu’il faudra mener contre eux, tout cela sera pour plus tard.

Ce fils, ce frère, ce mari, ce père… Cet homme nourri à leur sein sera la cause de leur tourment. Mais rien n’est militant, pourtant, dans ces odes choisies par Françoise Courvoisier, moins un florilège qu’une variation sur le thème féminin, où on s’abaisse, on chante l’humiliation, on réclame la lumière et on sait aussi pratiquer l’autocritique. Comme dans «Langue de pute», où le plaisir de cracher son venin est si bien incarné par ces amies accoudées à leur zinc que ces montées de fiel en redeviennent universelles.

Ecrire pour ne pas mourir
D’autres moments légers font rire le public des Amis, comme la grincheuse rengaine «Les grandes balades», où la désopilante Floryane Hornung, sac au dos, peste contre l’exercice, le grand air et la nature où, il faut bien le dire «y a pas de magasins». S’y conjugue aussi la présence exceptionnelle de Sophie Solo, la trop confidentielle chanteuse genevoise. En clin d’œil à sa propre carrière, lui confier «Ecrire pour ne pas mourir» – qu’Anne Sylvestre rédige en 1985 en pleine chimiothérapie – est une des autres prouesses de ce récital théâtral.

La chanson «Frangines» suggère encore que les contraintes d’une société patriarcale et machiste ont peut-être fait oublier à certaines femmes qu’un peu plus de sororité aurait rendu le combat moins dur. Mais comment se blâmer d’avoir parfois voulu tenter de tirer son épingle du jeu, puisque le jeu s’est montré bien complexe? Bientôt main dans la main ou le bras lové autour de la taille de l’autre, les quatre comédiennes émeuvent, réunies autour de Margarita Sanchez, dont la reconnaissable voix rauque et l’élégance argentée achèvent de rendre ce spectacle moins féminin qu’éternel.